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Convaincues que les inondations ont tué leur père

Frédérique Giguère | Journal de Montréal

Les sœurs Agnieszka (à gauche) et Katarzyna Sikora ont le cœur brisé de voir ce qui reste du sous-sol fraîchement­­­ rénové de leur père.

Frédérique Giguère

Les sœurs Agnieszka (à gauche) et Katarzyna Sikora ont le cœur brisé de voir ce qui reste du sous-sol fraîchement­­­ rénové de leur père.

Les dernières inondations auront finalement eu raison d’un retraité de 64 ans, retrouvé mort dans sa maison de Laval lourdement endommagée par l’eau pour la deuxième fois en autant d’années, estiment ses filles.

«L’anxiété générée par les inondations a tué mon père à petit feu», souffle Katarzyna Sikora, essayant tant bien que mal d’essuyer les larmes qui coulent sans cesse sur son visage.

C’est elle qui a eu le malheur de découvrir le corps inerte de son père jeudi dernier. Zdzislaw Sikora est mort d’une crise cardiaque. Selon sa famille, son décès soudain est directement lié aux inondations.

L’immigrant polonais, surnommé Jimmy par ses amis québécois, vivait dans sa maison de la 41e Avenue, dans le secteur de Sainte-Rose, depuis une douzaine d’années. Même si sa résidence se trouve à environ 500 m de la rivière des Mille Îles, elle n’était pas située dans une zone considérée à haut risque d’inondation.

Or, en 2017, comme des milliers de Québécois, M. Sikora ne fut pas épargné par la crue des eaux. Incapable de gérer le stress qui s’est ensuivi, le sexagénaire est tombé en dépression.

«Ç’a été trop pour lui»

«Il a eu beaucoup de difficulté à gérer ça, il faisait beaucoup d’anxiété et d’insomnie et s’est mis à prendre des médicaments alors qu’il n’avait jamais eu de problèmes de santé avant», relate sa fille aînée Agnieszka Sikora.

Au début du mois d’avril, ce qui devait arriver arriva. L’eau s’est une fois de plus infiltrée chez M. Sikora alors qu’il était en train de faire des rénovations.

«Ç’a été trop pour lui, raconte Katar­zyna Sikora. Il s’est mis à s’imaginer devoir vivre ça chaque printemps et il voyait noir.»

Le nouveau retraité, qui vivait temporairement chez sa fille, avait peine à dormir et ouvrait la télévision pour regarder les nouvelles dès qu’il en avait la chance, même la nuit. Dès l’aube, il se rendait à sa résidence afin de tout faire pour limiter les dégâts.

Dans son salon

«Il détestait sa maison, dit Agnieszka Sikora. Il ne voulait même plus en parler. Il ne voyait pas comment il pourrait un jour la vendre.»

Le jour de son décès, l’homme attendait une équipe pour remplacer son chauffe-eau. Lorsque les employés se sont présentés chez lui, personne n’a ouvert la porte. Ce n’est qu’en fin de journée que sa fille, inquiète de ne pas avoir de ses nouvelles, s’est rendue chez lui après le travail. C’est là qu’elle a découvert son père sans vie au sol, dans son salon.

Pas mort en vain

Bien qu’elles doivent entamer leur deuil, les sœurs Sikora souhaitent lancer un message aux Québécois afin que la mort de leur père ne demeure pas vaine.

«Si vous connaissez des sinistrés, tendez-leur la main, demandez-leur comment ils vont, implore Agnieszka Sikora. On ne peut pas s’imaginer à quel point c’est déchirant jusqu’à ce qu’on le vive de près.»

Quant au rôle de l’État dans la crise, les filles du défunt estiment que le gouvernement devrait non seulement maintenir son aide financière, mais également débloquer plus de ressources psychologiques pour soutenir les sinistrés.

 

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