/news/law

Mort de Rosalie: la DPJ et une maison d’hébergement mises en cause

Dominique Lelièvre | Le Journal de Québec

Le manque de communication entre la DPJ et une maison d’hébergement a compromis la transmission d’informations essentielles à la protection de la petite Rosalie, tuée par arme blanche et trouvée dans un bac à ordures résidentiel il y un an à Québec, selon un rapport dévoilé partiellement mercredi.

À LIRE ÉGALEMENT

Procès devant juge et jury pour la mère de la petite Rosalie

Trois jours avant le drame, Audrey Gagnon expulsée d’un refuge

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a terminé son enquête dans ce dossier et a diffusé une partie de ses recommandations, espérant qu’elles puissent «contribuer à la protection future d’autres enfants».

Sans identifier la jeune victime, décédée à l’âge de deux ans, l’organisme indépendant conclut «qu’une incompréhension du rôle, du mandat et des attentes, entre la DPJ et la maison d’hébergement, a occasionné des problèmes de collaboration et de transmission d’informations essentielles à la protection de cette enfant».

Rappelons que la mère de Rosalie, Audrey Gagnon, présentement dans l’attente de son procès pour meurtre non prémédité et outrage au cadavre de sa fille, avait été expulsée de la Maison Marie-Rollet six jours avant les tragiques événements du 18 avril 2018.

 

La DPJ «prend acte»

À l’époque, la Maison Marie-Rollet, qui vient en aide aux femmes en difficulté et aux enfants dont elles ont la garde, disait avoir agi en raison de motifs «très importants», sans donner davantage de détails, tout en assurant que «la situation a rapidement été rapportée aux autorités appropriées.»

Ses responsables n’ont pas retourné les demandes d’entrevue du Journal, mercredi.

Pour des raisons de confidentialité énoncées dans la loi, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Capitale-Nationale refuse toujours de dire si elle a reçu un signalement dans cette affaire et si elle est intervenue après l’éviction de la mère.

«On est d’accord avec les recommandations» et «on n’a pas attendu le rapport de la commission pour se mettre en action», a commenté sa directrice, Dominique Jobin. La DPJ refuse de prendre une part de blâme : «ce n’est pas ce qui est communiqué dans le rapport. On parle d’une incompréhension du rôle et des attentes entre la DPJ et la maison d’hébergement, on ne parle pas de responsabilité», observe Mme Jobin.

La petite Rosalie a été retrouvée morte dans une poubelle à Québec en avril 2018.

Approches différentes

Une table de concertation réunit déjà divers intervenants à la recherche de «points de jonction» entre deux approches qui peuvent parfois entrer en conflit.

«Les maisons d’hébergement vont parfois nous dire : si les femmes savent déjà que les maisons d’hébergement travaillent très serré la DPJ, est-ce qu’elles vont se présenter chez nous pour recevoir de l’aide? On est dans ces enjeux-là», décrit Dominique Jobin.

De son côté, la CDPDJ souhaite aussi que l’on tire des leçons du décès de Rosalie Gagnon et propose donc que le ministère de la Santé mette en place des mécanismes de concertation semblables dans toutes les régions du Québec.

Audrey Gagnon, la mère de la petite Rosalie tuée à Québec, est accusée de meurtre au deuxième degré et d’outrage à un cadavre.

Rappel des faits

12 avril 2018: La Maison Marie-Rollet met fin au séjour d’Audrey Gagnon où elle se serait rendue après une violente dispute avec sa mère, avec qui elle demeurait.

18 avril 2018: Un marcheur découvre une poussette ensanglantée près du parc de la Terrasse-Bon-Air de Charlesbourg. Un avis de recherche permet de retrouver la mère, Audrey Gagnon, puis la dépouille de Rosalie, 2 ans, sur l’avenue de Gaulle.

21 avril 2018: La ministre déléguée à la Protection de la jeunesse à l’époque, Lucie Charlebois, réclame une enquête à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

27 avril 2018: Audrey Gagnon est officiellement accusée du meurtre non prémédité de sa fillette et d’outrage à son cadavre.

5 mai 2018: Les funérailles de la jeune défunte sont célébrées à l’église Saint-Rodrigue en présence de quelque 300 personnes.

16 avril 2019: L’avocat d’Audrey Gagnon annonce qu’elle souhaite subir son procès devant jury. Une date de procès pourrait être annoncée en septembre.