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Quand les Hells sont en beau fusil contre la mafia

Éric Thibault | Le Journal de Montréal

L’assassinat d’un mafioso dans un hôtel de Laval a non seulement choqué la police, mais aussi soulevé la grogne des Hells Angels.

Des membres influents des motards ont exprimé leur mécontentement devant la méthode téméraire avec laquelle Salvatore Scoppa a été tué à l’hôtel Sheraton, le soir du 4 mai, a appris Le Journal de sources gravitant autour du crime organisé.

Certains d’entre eux l’ont même fait savoir à des représentants des forces de l’ordre ces derniers jours, selon nos informations.

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Cela peut paraître étonnant venant du gang qui, sous la férule de Maurice « Mom » Boucher, a mené une guerre meurtrière contre des bandes rivales ayant fait plus de 160 morts et une vingtaine de victimes innocentes au Québec, entre 1994 et 2002.

Mais les Hells, qui contrôlent maintenant la quasi-totalité du marché québécois de la drogue, craignent les contrecoups de ces représailles mafieuses en raison d’une attention policière accrue.

« Ils [ne] sont pas d’accord avec ce meurtre-là. Les Hells n’ont pas besoin d’avoir plus de chaleur policière. Ils veulent avoir le moins de trouble possible », nous a dit une source digne de foi.

Police plus présente

Lundi, le chef de la police de Laval, Pierre Brochet, a annoncé que ses troupes allaient intensifier leur présence dans les lieux fréquentés par la mafia et les autres groupes du crime organisé.

Il a répété que le meurtre de Scoppa, en direction duquel un tireur a vidé deux chargeurs de balles dans un hôtel bondé, était « inadmissible » et aurait pu faire des victimes innocentes.

La Sûreté du Québec, qui a fait de la lutte contre le crime organisé sa priorité en 2017, a renchéri en promettant de « maintenir la pression » sur les mafieux, les gangs de rue et les motards.

Ces groupes ont déjà été les cibles de 1100 arrestations depuis un an et demi, soit une moyenne de trois par jour, selon l’inspecteur-chef Guy Lapointe.

Des moyens « à la hauteur »

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a répété lundi que « les moyens [de lutte contre le crime organisé] seront à la hauteur ».

Les policiers soupçonnaient Salvatore Scoppa d’avoir trempé dans des meurtres aux dépens du clan Rizzuto et pensent qu’il a été victime d’un acte de vengeance.

Scoppa, 49 ans, avait échappé à une tentative de meurtre en sortant d’un restaurant à Terrebonne, en 2017. Le présumé tueur à gages Frédérick Silva est présentement inculpé de ce crime.

Il semble que depuis l’arrestation de Silva, en février, Scoppa avait baissé sa garde. Il ne portait pas sa veste pare-balles et n’avait pas de garde du corps quand il a été tué lors d’une fête suivant la première communion d’un de ses enfants.