/news/politics

Implanter un nouveau système de paie sera moins coûteux que réparer Phénix

Émilie Bergeron | Agence QMI 

Le remplacement du système de paie fédéral Phénix coûtera nettement moins cher que l’imposante facture de 2,6 milliards $ qui doit encore être déboursée pour corriger les erreurs actuelles du logiciel.

Dans un nouveau rapport publié jeudi, le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, conclut qu’il en coûtera 57 millions $ pour mettre en place un nouveau système de paie visant à remplacer le défaillant Phénix.

Le coût annuel d’exploitation de cette éventuelle solution de remplacement oscillerait ensuite entre 101,9 millions $ et 105,7 millions $. À terme, des économies seront faites, estime M. Giroux.

Or, Ottawa devra d’abord débourser 2,6 milliards $ sur cinq ans pour, dans un premier temps, stabiliser le système actuel.

Corriger les erreurs de calcul de Phénix avant d’aller de l’avant avec une nouvelle génération de la paie est crucial, a souligné M. Giroux.

«Le succès du nouveau système repose sur deux facteurs: la correction de l’ensemble des données de paie avant la mise en place du nouveau système, et la sélection d’un système possédant toutes les capacités requises pour traiter la paie de la fonction publique fédérale», écrit-il dans son rapport.

Le directeur parlementaire du budget estime ainsi que le prochain système de paie pourra être mis en place seulement à partir de 2023.

La présidente du Conseil du Trésor, Joyce Murray, a toutefois indiqué jeudi que des projets-pilotes visant à déterminer quelle est la meilleure approche à prendre seront lancés d’ici la fin 2019. Ces mises à l'essai visent à éviter d’implanter trop rapidement un vaste système dont d’éventuelles failles auraient des répercussions majeures.

«Nous n’allons pas avoir la même approche que le précédent gouvernement [parce que] nous avons vu que cela n’a pas fonctionné au détriment des fonctionnaires, a dit la ministre. Alors nous y allons étape par étape à travers un processus transparent et qui inclut les futurs utilisateurs.»

80 000 «règles de paie»

Le directeur parlementaire du budget souligne dans son rapport que la quantité innombrable de règles qui existent dans la façon dont les différents fonctionnaires fédéraux sont payés complexifie la tâche.

Cette multiplicité de normes contribue à faire grimper les coûts d’un logiciel capable d’intégrer toutes les fonctionnalités nécessaires, selon M. Giroux.

En 2006, on dénombrait 80 000 «règles de paie» dans la fonction publique. On ne sait pas combien il en existe à l’heure actuelle.

«Il y a lieu de réduire les coûts de la paie fédérale si les syndicats et les ministères sont enclins à s’asseoir ensemble et à [simplifier] les règles», a dit M. Giroux.

Yvon Barrière, vice-président pour le Québec de l’Alliance de la fonction publique du Canada, s’est dit ouvert à «alléger» les façons de faire. Il se désole toutefois qu’il faille attendre encore cinq ans pour qu’un nouveau système soit en place, selon les prévisions du rapport de jeudi.

«Le stress et l’anxiété que ça peut occasionner chez nos membres est épouvantable. Chaque semaine, ils regardent leur paie avec toujours un peu de stress à savoir si c’est le bon montant qui y apparaît», a-t-il soutenu.

Le système Phénix s’est avéré un fiasco depuis son implantation en 2016. Des dizaines de milliers de travailleurs fédéraux sont en proie à des erreurs du logiciel. Certains sont sous-payés, alors que d’autres sont privés de rémunération ou trop payés.

Dans la même catégorie