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La Couronne évoque des fuites bien organisées à l’UPAC

Christopher Nardi | Journal de Montréal

PHOTO CHRISTOPHER NARDI

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Les fuites à l’UPAC étaient organisées, et non pas le fruit d’une source agissant seule, selon la Couronne.

C’est ce qu’a laissé entendre un procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) devant la Cour suprême, hier. Me Richard Rouleau s’exprimait dans la cause de la journaliste Marie-Maude Denis, qui conteste l’obligation de révéler les sources de ses reportages dans le cadre du procès pour corruption, fraude et abus de confiance de l’ex-ministre Marc-Yvan Côté.

Il faut comprendre que Richard Rouleau est également un des procureurs dans l’enquête baptisée Serment du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), qui se penche sur la façon dont ont été menées les enquêtes à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Il a indiqué à la Cour suprême qu’il détenait beaucoup plus d’informations sur les sources de Mme Denis, qu’il ne pouvait pas encore dévoiler.

Mais il a tout de même admis que son bureau avait récemment fait « table rase » de la théorie qu’une source policière agissait seule en coulant de l’information à Marie-Maude Denis.

«Nous ne pouvons plus soutenir la théorie du loup solitaire», a plaidé Richard Rouleau, sous-entendant du même coup que les fuites découlaient d’un effort concerté et organisé.

Danger pour la presse

Il a également fait comprendre à la Cour que les informations qu’il devra éventuellement dévoiler dans le cadre de l’enquête Serment auront d’importantes répercussions dans cette cause, ainsi que dans celle de M. Côté.

Pour sa part, l’avocat de Radio-Canada a plaidé que d’obliger Marie-Maude Denis à dévoiler ses sources aurait des impacts importants et dangereux pour le journalisme d’enquête.

«Permettre de divulguer la source dans des circonstances pareilles aurait un effet refroidissant incroyable, a plaidé Me Christian Leblanc. Si, malgré tout, la barre [du test à savoir si une source doit être dévoilée] est à ce point baissée, le message envoyé aux sources au Canada sera simple : la protection est difficile et sera rarement garantie.»

Prouver les fuites

L’avocat de Marc-Yvan Côté, Jacques Larochelle, veut quant à lui connaître la source de Mme Denis afin de prouver que les fuites médiatiques avaient été orchestrées par des hauts dirigeants de l’UPAC. Il veut ainsi obtenir la fin des procédures contre son client.

Il a plutôt semblé faire le procès des enquêtes de Marie-Maude Denis, l’accusant d’avoir fait des «reportages-procès» et de la «démagogie».

«Me Larochelle, plus je vous écoute, plus je pense que nous sommes dans un procès avec une action en diffamation contre les médias de l’information, alors que ce n’est pas du tout le contexte», a noté le juge en chef Richard Wagner.

Les juges de la Cour suprême ont pris la cause en délibéré.