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Les douloureux souvenirs d’une ex-fugueuse remontent à la surface

TVA Nouvelles

L’histoire de cette femme séquestrée pendant près de deux mois à Longueuil et forcée de se prostituer a ravivé de vieux souvenirs à Sophie Lavoie Coursolle, une ancienne fugueuse prise dans les griffes d’un proxénète pendant son adolescence.

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«Ce qui m’a surpris, c’est que ce n’était pas une jeune femme, comme le stéréotype le veut. C’est une dame dans la quarantaine! Ça m’a frappée. De voir qu’ils s’attaquent à n’importe qui, peu importe l’âge, c’est quelque chose. Ça ne se passe pas aux États-Unis... c’est à Longueuil», a lancé la femme en entrevue avec TVA Nouvelles.

Aujourd’hui âgée de 30 ans, Sophie n’a rien oublié de sa jeunesse, un véritable cauchemar qui a commencé lors de son arrivée à Montréal à l’âge de 14 ans, où elle a commencé à consommer des amphétamines.

Sa première relation sexuelle, à 15 ans, a été un viol.

À 16 ans, elle fuguait fréquemment pour aller trainer à la station de métro Henri-Bourassa, où elle flirtait avec des gars de gang plus vieux, ce qu’elle trouvait «cool» à l’époque.

«Ils m’ont ''brainwashé'', tranquillement. Ils m’ont présenté des danseuses, m’ont amenée dans un bar de danseuses. Ils ne m’avaient rien promis, c’était plus de me montrer comment ça se passait, pour me dire :''’tu vois c’est ça la vie. Tu vas faire de l’argent, on va ouvrir des magasins''. C’étaient des trucs comme ça.»

500 000$

Selon ses estimations, cette période noire aurait rapporté «facilement» 500 000$ à ses proxénètes. 

«On s’entend que je n’ai pas fait de profit là-dessus. Je ne faisais pas de profit là-dessus. J’étais l’objet d’un homme... et de plusieurs autres hommes. »

Envoyée à Calgary par son proxénète, elle a dû enfiler les clients à tour de rôle, et parfois, sans même avoir le temps de s’alimenter.

«C’était non-stop du matin au soir. Parfois je n’avais même pas le temps de souper, ou même de prendre une douche», ajoute-t-elle.

Habitée par un intense mal de vivre, elle a souhaité mourir. 

«J’espérais attraper le cancer, vu que je n’étais pas «game» de faire le geste [de me suicider]. J’ai souhaité cela très longtemps, mais aujourd’hui je remercie le ciel d’être encore en vie.»

«Un soir, mon pimp m’a mis un pistolet en or chromé dans la bouche. Il a fait tourner le chargeur en me disant que c’est le hasard qui déciderait si je vivrai. Quand il a pressé la gâchette, j’étais presque déçue que le coup ne parte pas. Je voulais arrêter de souffrir», avait-elle raconté dans une entrevue précédente.

La mort: seule option

Prise dans la consommation, c’est lors d’une cure de désintoxication qu’elle a fait une prise de conscience qui lui permettra éventuellement de revenir sur le droit chemin.

«Je me suis dit : fais les efforts Sophie, et tu vas vivre! La réflexion que je me faisais, c’était : si je meurs demain matin, de quoi les gens vont se souvenir de moi? Je n’ai rien accompli dans la vie... Ç’a été un déclic et j’étais tannée de me faire abuser. »

Elle tient à lancer un message à toutes les jeunes filles qui seraient tentées ou attirer par l’industrie du sexe.

«D’après mon vécu, il n’y a pas de fin heureuse dans ça. Je n’ai pas connu une personne pour qui ça s’est bien terminé, et j’en ai vu beaucoup...»

Sophie Lavoie Coursolle travaille aujourd’hui dans le domaine de la construction.

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