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L’insomnie affecte la mémoire

Hugo Duchaine | Journal de Montréal

L’insomnie chronique, qui touche environ 1 adulte sur 10, entraîne des pertes cognitives importantes, comme des trous de mémoire, selon une nouvelle étude montréalaise.

« C’est beaucoup plus important qu’on le pense d’avoir un sommeil perturbé. Ç’a des conséquences sur la santé physique, mentale et cognitive », s’inquiète le Dr Thanh

Dang-Vu, chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et professeur de neurologie à l’Université Concordia, dont l’étude est publiée dans la revue scientifique Sleep.

Son analyse portait sur près de 30 000 Canadiens âgés de 45 ans ou plus, tirée de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement. « C’était important de le démontrer avec un échantillon élevé et une analyse robuste », dit-il.

Les participants ont rempli une batterie de tests neuropsychologiques, qui ont été utilisés pour évaluer différentes fonctions cognitives et la qualité du sommeil.

Ils ont été classés en trois catégories, soit ceux souffrant d’insomnie chronique, ceux avec des symptômes seulement et ceux ayant un sommeil normal.

Il s’agissait d’adultes et d’aînés généralement en bonne santé, ne souffrant pas déjà de démence ou de la maladie d’Alzheimer, par exemple. « Mais il y a des déficits cognitifs plus marqués » chez les participants souffrant d’insomnie chronique, résume le chercheur.

Précurseur

« On présume que c’est précurseur [à des maladies cognitives comme l’Alzheimer], l’insomnie chronique est potentiellement une maladie qui expose à davantage de risques », estime le Dr Dang-Vu.

Surtout que l’insomnie chronique est fréquente, poursuit-il. « C’est vraiment un problème très répandu, on ne parle pas d’une maladie rare. C’est probablement l’une des conditions les plus fréquentes que les médecins peuvent rencontrer en cabinet », dit-il.

Il explique que la découverte est importante puisque les problèmes de mémoire peuvent évoluer avec l’âge, commençant notamment par des signes discrets qui s’accentuent sur de nombreuses années.

Banalisée

Autant la population que les professionnels de la santé ne sont pas toujours au courant des impacts d’un mauvais sommeil, croit le spécialiste, ajoutant que l’insomnie chronique est souvent banalisée.

L’étude souligne que l’insomnie chronique est diagnostiquée lorsqu’une personne n’arrive pas à s’endormir, se réveille souvent ou très tôt, plus de trois fois par semaine, pendant plus de trois mois. « Ce sont des insomnies qui persistent dans le temps, qui sont fréquentes et dont la personne se plaint », ajoute Thanh Dang-Vu.

Mémoire déclarative

Parmi les divers tests auxquels les participants à l’étude ont été soumis pour évaluer leur mémoire, ceux-ci ont dû, par exemple, retenir une série de mots et les répéter ensuite.

« C’est surtout la mémoire déclarative, c’est-à-dire la mémoire basée sur des concepts et des faits, comme le sens des mots, les lieux et les évènements historiques, qui était altérée », conclut le Dr Dang-Vu.

La prochaine étape pour le Dr Dang-Vu et son équipe sera de déterminer les impacts de l’insomnie chronique sur la mémoire et le cerveau pendant une longue période de temps.

Aussi, le chercheur veut tenter de savoir si le retour à un meilleur sommeil permet de ralentir ou même stopper les pertes de mémoire.

Insomnie chronique

10 % de la population souffre d’insomnie chronique

Elle est diagnostiquée lorsqu’une personne n’arrive pas à s’endormir, se réveille souvent ou très tôt, plus de trois fois par semaine, pendant plus de trois mois.

L’insomnie chronique ne nuit pas qu’à la mémoire, elle est associée à des problèmes physiques et mentaux, comme la dépression ou l’anxiété, des maladies cardiovasculaires et le diabète, par exemple.