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Retour sur les 10 années de combat autour du tétraplégique Vincent Lambert

Agence France-Presse

L'affaire Vincent Lambert, devenue le symbole du débat sur la fin de vie en France, pourrait connaître son épilogue à partir de lundi avec l'arrêt programmé des traitements de ce patient tétraplégique en état végétatif, au cœur d'une éprouvante bataille juridique depuis plus de 10 ans.

Selon une source médicale, le protocole de fin de vie pourrait durer de deux à quatre jours et comprendre, outre l'arrêt des machines à hydrater et alimenter, une sédation «contrôlée, profonde et continue» de cet homme aujourd'hui âgé de 42 ans, plongé dans un état végétatif depuis un accident de la route en septembre 2008.

Farouchement opposés à l'arrêt du traitement, les parents du patient appellent à un rassemblement devant l'hôpital Sébastopol à Reims dimanche pour «supplier» les médecins «de continuer à nourrir et hydrater» leurs fils.

Cette famille est déchirée. D'un côté les parents, Viviane (73 ans) et Pierre (90 ans), fervents catholiques, ainsi qu'un frère et une soeur. De l'autre, l'épouse de Vincent, Rachel, six frères et soeurs et son neveu François dénoncent un acharnement thérapeutique.

Depuis 2013 et un premier arrêt des soins, stoppé sur décision judiciaire, les parents ont multiplié les recours. L'un des derniers en date, devant le Conseil d'État, s'est conclu en avril par un énième rejet, ouvrant la voie à un nouvel arrêt des soins... jusqu'à vendredi soir.

Les avocats des parents ont en effet brandi un document d'un organisme de l'ONU, le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH), demandant de nouveau à la France de ne pas suspendre les soins dans l'attente de l'examen du dossier sur le fond.

Mais la France répète que ces mesures conservatoires «sont dépourvues de caractère contraignant» et met en avant le «droit du patient à ne pas subir d'obstination déraisonnable».

Samedi, les avocats des parents ont encore imploré le président Emmanuel Macron de faire maintenir les traitements, dans une lettre ouverte qualifiant la mort programmée du patient de «crime d'État commis au prix d'un coup de force contre l'État de droit».

Aucune information ne filtre en tout cas sur le dispositif de sécurité pour protéger la mise en place de ce protocole. Seule certitude: aucune entrée ne sera autorisée sur le site de Sébastopol, déjà soumis à des conditions d'accès draconiennes depuis que l'affaire Lambert a pris cette dimension.

«Je ne vois pas pourquoi il y aurait des débordements» devant l'hôpital, estime cependant l'un des avocats des parents, Me Jean Paillot. Mais, du côté des proches de Vincent Lambert favorables à l'arrêt des traitements, certains expriment la crainte de voir des gens s'enchaîner aux grilles de l'enceinte de l'hôpital ou, pire, tenter un enlèvement de Vincent Lambert.

La chose paraît cependant peu vraisemblable tant le service des soins palliatifs et de l'unité «cérébrolésés» que dirige le Dr Vincent Sanchez, qui a annoncé le 10 mai à la famille l'interruption des traitements, est en lui-même un bunker au sein du site Sébastopol.

Dans son livre «Ma vérité sur l'affaire Lambert» paru en 2015, le Pr Éric Kariger, médecin de Vincent Lambert de 2009 à 2014, décrit ainsi les conditions d'hospitalisation de son patient:

«Le CHU installe une caméra à l'entrée de sa chambre, équipe sa porte d'une serrure capable de tracer les entrées et les sorties, perce un hublot dans sa porte de façon à pouvoir l'observer sans l'ouvrir. Des rondes sont organisées. Les visiteurs sont obligés de passer nous voir. Nous vérifions leur identité, conservons leur carte d'identité le temps de la visite».

«Rajouter du temps, c'est rajouter de la souffrance à Vincent Lambert, à sa famille, à l'équipe soignante», confie à l'AFP le Dr Kariger, toujours favorable à l'arrêt des traitements. Chrétien revendiqué, il s'étonne de la position récente de l'archevêque de Reims.

«Les spécialistes semblaient s'accorder sur le fait que M. Vincent Lambert, si dépendant soit-il depuis son accident, n'est pas en fin de vie (...). On peut s'étonner que M. Lambert n'ait pas été transféré dans une unité spécialisée dans l'accompagnement des patients en état végétatif», écrivait l'homme d'Église le 13 mai.

Une «prière à Vincent Lambert» sera proposée dimanche à la lecture dans toutes les églises du diocèse de Reims. Ses derniers mots: «Prions pour que notre société française ne s'engage pas sur la voie de l'euthanasie».

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