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Des femmes traumatisées par leur accouchement

Étienne Paré | Agence QMI

Certaines femmes vivent avec des traumatismes graves après avoir subi des traitements à leur insu lors de leur accouchement. En partageant leur histoire, elles espèrent sensibiliser le milieu hospitalier au consentement médical.

«La culture médicale est de plus en plus axée sur la performance et les médecins sont donc incités à faire accoucher les femmes très rapidement, quitte à ignorer la règle du consentement», souligne Sophie Mederi, accompagnatrice de naissance et chargée de projets au Regroupement naissance-renaissance, un organisme féministe qui prône un plus grand respect des femmes au sein de la pratique médicale.

Le Regroupement, qui a par le passé milité pour la reconnaissance du métier de sage-femme au Québec, soulignait dans les derniers jours la semaine mondiale de l’accouchement respecté. Pour l’occasion, les femmes étaient appelées à prendre la parole pour dénoncer leur accouchement cauchemardesque.

«Les médecins rentraient les pinces en moi, pensant que j’avais reçu une épidurale. J’avais beau crier que je n'avais pas eu d’épidurale, personne ne m’écoutait», s’est remémorée Marie-Ève Blanchard, qui tenait à témoigner de son expérience à l’Agence QMI.

À cause des complications, la jeune femme, qui attend actuellement un deuxième enfant, est consciente que les médecins devaient faire vite pour sauver sa vie et celle du bébé, mais croit quand même que sa douleur aurait été moindre s’ils avaient pris le temps de l’écouter. La douleur et les images du personnel médical qui ignore ses cris l’ont hantée longtemps après la naissance de son enfant.

«Je n’ai pas été capable d’avoir de relations sexuelles pendant deux ans. Je n’étais même pas capable de mettre un tampon», a confié celle à qui l'on a diagnostiqué un choc post-traumatique.

Il a fallu une longue thérapie à Marie-Ève Blanchard pour réussir à retrouver la paix d’esprit. Son fils, âgé de sept ans aujourd’hui, est en parfaite santé et elle est comblée de bonheur par l’idée d’être de nouveau enceinte, bien qu’elle appréhende l’accouchement.

Traumatisme

Catherine (nom fictif) a elle aussi eu besoin de consulter une sexologue à la suite de son accouchement en septembre dernier à l’Hôpital de LaSalle.

«La gynécologue rentrait ses doigts dans mon vagin sans m’avertir alors que c’était clairement écrit dans mon dossier médical que j’avais un traumatisme à cause d’une agression sexuelle et qu’il fallait donc faire très attention. Je n’étais dilaté que d’un centimètre et je criais, mais elle continuait», s’est souvenue péniblement Catherine, qui dit avoir eu plus mal à ce moment que lorsqu’elle a dégelé de sa césarienne, qui a finalement été nécessaire.

Chaque fois qu’elle pense à la naissance de sa fille, elle ne peut s’empêcher d’éclater en sanglots. Catherine et son mari ont toutefois préféré ne pas porter plainte.

«À part cette gynécologue, le personnel de l’hôpital a été correct avec nous. Une infirmière est même venue s’excuser le lendemain. Une autre gynécologue m’a même dit après coup que ça n’aurait même pas été nécessaire de me provoquer», a raconté la nouvelle maman.

Pas les seules

Des histoires comme celles de Marie-Ève et de Catherine, Sophie Mederi en entend couramment dans sa pratique d’accompagnatrice de naissance.

«Ça arrive plus souvent qu’on le pense. Sauf que lorsqu’on sait que seulement 4 % des plaintes au Collège de médecins aboutissent devant le conseil de discipline, ça ne donne pas envie aux femmes de porter plainte», a-t-elle déploré.

Le Collège des médecins n’a pas souhaité commenter le dossier pour le moment.