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Un gardien de prison sous enquête pour négligence

Nicolas Lachance | Bureau d'enquête

Marc Vallières/Agence QMI

Un agent correctionnel du Centre de détention de Québec pourrait être accusé de négligence criminelle causant la mort, à la suite du suicide d’un détenu dans une cellule capitonnée, a appris notre Bureau d’enquête.

Le 1er octobre 2017 à l’Établissement de détention de Québec, Yan de Montigny, 39 ans, est enfermé dans une cellule capitonnée pour sa propre sécurité, celle des autres détenus et des membres du personnel. Des caméras de surveillance filment les lieux en permanence.

L’homme originaire du Centre-du-Québec y est détenu à cause d’une série de vols qualifiés perpétrés dans des banques un peu partout au Québec.

Malgré une constante surveillance de sa cellule, Yan de Montigny aurait réussi, selon nos informations, à s’enlever la vie.

À la suite de l’investigation policière qui a suivi ce suicide, des accusations criminelles contre un agent correctionnel pourraient être déposées, a appris notre Bureau d’enquête.

Pour la Sûreté du Québec qui est responsable de l’enquête, il s’agit clairement d’une mort suspecte. « Est-ce que des gestes criminels ont été commis ? À cet effet, nous avons fait une demande d’intenter des procédures au DPCP à l’automne 2018 », a révélé Hugo Fournier de la SQ.

Mort suspecte

Selon nos sources, un agent pourrait être accusé de négligence criminelle causant la mort. C’est au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de trancher. Mais l’organisation tarde à prendre sa décision.

À la suite d’une demande précision de la part du DPCP, la SQ a dû refaire une nouvelle demande d’intention en mars dernier.

Or, le délai au DPCP est si long que l’enquête du coroner Jean-Marc Picard est en suspens depuis bientôt deux ans. « Je suis comme vous en attente de sa décision avant de produire mon rapport d’investigation », a mentionné le coroner dans un courriel.

Passé trouble

Selon ses proches contactés par notre Bureau d’enquête, Yan de Montigny avait de graves problèmes de santé mentale dans le spectre de la schizophrénie. Il était détenu à l’infirmerie du centre de détention pour cette raison.

Il avait un lourd passé criminel et sa relation avec ses proches était nébuleuse. Il pouvait disparaître durant plusieurs mois sans jamais donner de nouvelles.

La famille soutient n’avoir jamais été informée qu’il y avait eu une enquête policière à la suite du décès de Yan.

« On m’a dit que Yan s’était suicidé. Mais j’étais tellement sous le choc, je n’y croyais pas du tout. Ce que j’ai compris, c’est qu’il venait de sortir de l’hôpital et qu’il ne voulait pas prendre ses médicaments », a expliqué, toujours attristée, sa mère Reine Mercier.

Maintenant, elle attend impatiemment le rapport du coroner. « On nous a dit que ça pouvait être long », a témoigné Mme Mercier.

L’automne dernier, notre Bureau d’enquête révélait que plusieurs agents correctionnels étaient visés par des infractions criminelles.

Impossible de voir un psychiatre

Malgré l’ordonnance médicale faisant suite à une tentative de suicide, le centre de détention de Québec a ignoré les demandes de consultation psychiatrique de Yan de Montigny et son avocat. Un cas de « négligence politique », selon un criminaliste. Une requête a même dû être déposée en Cour supérieure le 21 septembre 2017, afin de forcer le Centre de détention de Québec à offrir l’aide d’un psychiatre à M. de Montigny. L’homme s’est enlevé la vie 10 jours plus tard.

Quelques semaines avant le drame, Yan de Montigny avait attenté à sa vie au centre de détention. Il avait été transporté dans un hôpital pour y soigner ses blessures et y consulter un psychiatre. Vu l’état de M. de Montigny, le médecin « lui a prescrit de revoir un psychiatre », indique le document judiciaire. Or, dans la requête de l’avocat Frédéric Rousseau, on souligne que son client n’a jamais pu voir de psychiatre après son retour au centre de détention, et ce, « malgré ses demandes ».

Me Rousseau, dans sa requête adressée spécifiquement au directeur de l’établissement de l’époque, Christian Thibeault, insiste sur l’état de Yan de Montigny qui « s’empirait ». Depuis son retour derrière les barreaux, de Montigny avait été placé dans une cellule capitonnée « sans vêtement ». M. Thibeault a depuis été promu directeur général adjoint au réseau correctionnel de l’Ouest-du-Québec.

Assurer la sécurité

Le criminologue Jean-Claude Bernheim soutient que le gouvernement peine à faire respecter les chartes dans les centres de détention du Québec, en privant des soins médicaux de qualité les détenus ayant des problèmes de santé mentale.

« C’est récurrent [...] Le problème, c’est que la question des soins médicaux n’est pas quelque chose qui relève strictement du ministère de la Santé », explique-t-il. Selon l’expert, tant que les soins médicaux seront soumis à la tutelle et à l’autorité de l’institution, il y aura des conséquences dramatiques Il s’agit d’un « problème politique », dit-il, car aucun gouvernement n’assume ses responsabilités en matière de sécurité des détenus.