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Un laboratoire de la «drogue du viol» démantelé

Éric Thibault | Journal de Montréal

La police de Montréal a démantelé un laboratoire artisanal de GHB et saisi 7000 doses de cette substance chimique baptisée « la drogue du viol », à la fin du mois d’avril.

Les policiers ont fait cette rare découverte dans la cuisine d’un logement du boulevard Gouin Est, où habite Vladimir Berry, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Selon des documents de cour consultés par Le Journal, cet apprenti chimiste de 44 ans avait été dénoncé aux enquêteurs des stupéfiants par quelqu’un qui semblait bien au courant de son commerce clandestin.

L’informateur de police prétendait que Berry produisait plusieurs litres de GHB (gamma-hydroxybutyrate) par semaine à l’intérieur du triplex évalué à 600 000 $ où il réside, et qui est la propriété de sa mère.

La source ajoutait que le suspect « se déplace pour livrer », d’après un rapport de l’Unité des produits de la criminalité du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a demandé la confiscation judiciaire de l’immeuble à titre de « bien infractionnel ».

34 litres prêts à vendre

Le 16 avril, des enquêteurs ont observé Berry sortir de chez lui en transportant « une chaudière blanche d’une capacité de 20 litres qui [semblait] lourde », la mettre à l’arrière d’un véhicule et la livrer dans un immeuble de la rue Charlemagne.

L’après-midi du 23 avril suivant, Berry est sorti de chez lui avec 4190 $ en argent comptant dans ses poches. Il a aussitôt été appréhendé par les policiers du Groupe tactique d’intervention (GTI).

Les enquêteurs ont ensuite trouvé un laboratoire de fortune aménagé dans la cuisine et la salle de bain de l’appartement « en désordre » et à l’odeur « nauséabonde », selon des documents judiciaires.

Des chaudières et des bouteilles contenant un total de 34 litres de GHB ont été confisquées sur place. Cela représente près de 7000 doses d’une valeur de plus de 137 000 $ sur le marché de la rue, d’après l’évaluation du SPVM.

Les policiers ont aussi mis la main sur des produits chimiques utilisés dans la fabrication du GHB, dont du solvant à peinture et de l’hydroxyde de potassium. Des dizaines de chaudières vides et des centaines de fioles ont également été saisies.

Des armes pour se protéger

Les policiers y ont aussi trouvé plus de 1200 comprimés de méthamphétamine, dont plus de 500 de la variété appelée Ice parce qu’elle ressemble à de la glace.

Puis, en fouillant dans la chambre de Berry, les policiers ont déniché trois armes à feu, dont un pistolet prohibé de calibre .25 qui était chargé et caché sous le lit.

Berry, qui n’avait pas le droit de posséder des armes en raison de condamnations antérieures, a expliqué aux policiers qu’il en gardait pour assurer sa protection.

Vladimir Berry demeure incarcéré jusqu’à nouvel ordre, ayant renoncé à demander au tribunal de le remettre en liberté provisoire en raison de ses nombreux antécédents judiciaires.

Fléau à Gatineau

Cette année, la police de Gatineau a appréhendé au moins cinq hommes accusés d’agressions sexuelles après avoir drogué leurs présumées victimes au GHB. Une douzaine de victimes, dont deux hommes, ont porté plainte en expliquant avoir été droguées à leur insu puis violées après être entrées en contact avec les accusés par l’entremise d’applications de rencontres Tinder, Bumble et Grindr.

Michel Giroux, 26 ans, arrêté une première fois en février, a vu 13 chefs d’accusation supplémentaires s’ajouter contre lui le 6 mai dernier.

Pas du gin...

Quatre Saguenéens ont regretté d’avoir fait cul sec avec des shooters de GHB en croyant à tort qu’il s’agissait d’alcool, le 30 décembre 2015, dans le secteur de Jonquière. L’incident s’était produit chez l’ex-militaire Olivier Côté-Vachon après une sortie dans les bars. La drogue liquide était dans une bouteille de 500 ml et Vachon en avait offert en disant que c’était « du GH » et que « ça saoule ». Un des invités qui en a bu avait compris « du gin ».

Réanimé à la suite d’un arrêt respiratoire, il est revenu à lui neuf heures plus tard à l’hôpital. Vachon a été renvoyé des Forces armées, puis condamné à faire 240 heures de travaux communautaires et un don de 5000 $ à des organismes de bienfaisance en 2017.

Derrière le volant

Près de la moitié des automobilistes arrêtés pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue étaient sous l’effet du GHB en 2017, soit 44 %, selon le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec.

Souvent, ces conducteurs ont ingéré un stimulant, comme la cocaïne, en plus du GHB qui est un dépresseur, précisait au Journal la policière Nathalie Valois, du SPVM, en novembre dernier.

À la Breaking Bad

Un ex-professeur de mathématiques a exploité le plus gros laboratoire clandestin de GHB démantelé depuis 10 ans au Québec. Michel Vincent a mené une double vie comme le personnage principal de la télésérie Breaking Bad, Walter White, à la suite de problèmes financiers.

En plus d’enseigner dans une école secondaire à Longueuil, il produisait cette drogue chimique dans sa maison avec des produits importés de Chine et d’Israël. Lui-même consommateur « récréatif » de cette substance, il a été arrêté en 2012 en possession de 52 litres de GHB et condamné à 30 mois d’incarcération.

Recrudescence

« Le GHB est de plus en plus populaire, notamment chez les jeunes », constate la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans le document d’informations Drogues et nouvelles tendances d’octobre 2018.

« Contrairement à la croyance populaire, le GHB est consommé la plupart du temps de façon volontaire, pour le plaisir », ajoute la GRC. Cette drogue chimique bon marché – 20 $ pour 5 ml, d’après la police de Montréal – a déjà servi de médicament prescrit pour la narcolepsie, mais est devenue une substance interdite au Canada en 1998.

Surdose facile

Selon Santé Canada, « il est relativement facile de faire une surdose de GHB » lorsque consommé en même temps que d’autres dépresseurs du système nerveux central comme l’alcool ou des benzodiazépines (Ativan, Xanax, Valium).

Ce liquide incolore serait aussi très addictif. Le GHB cause un sentiment euphorique et diminue les inhibitions, mais provoque des effets secondaires comme l’amnésie et les nausées. À dose élevée, on risque la détresse respiratoire, les convulsions, l’inconscience et le coma, prévient Santé Canada.