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Explosion des congés de maladie chez les fonctionnaires municipaux

Jean-Luc Lavallée | Journal de Québec

Les fonctionnaires municipaux, communément appelés les « cols blancs », travaillent à l’hôtel de ville de Québec (photo), dans les bureaux d’arrondissements, bibliothèques et autres édifices municipaux. Cette catégorie d’emploi regroupe un éventail de métiers : employé de bureau, agent de perception, préposé aux demandes de permis, adjoint administratif, technicien en génie civil, etc.

Jean-François Desgagnés

Les fonctionnaires municipaux, communément appelés les « cols blancs », travaillent à l’hôtel de ville de Québec (photo), dans les bureaux d’arrondissements, bibliothèques et autres édifices municipaux. Cette catégorie d’emploi regroupe un éventail de métiers : employé de bureau, agent de perception, préposé aux demandes de permis, adjoint administratif, technicien en génie civil, etc.

Les fonctionnaires de la Ville de Québec prennent de plus en plus de congés de maladie, une tendance lourde qui serait attribuable aux coupes de personnel et à l’épuisement des troupes, selon le syndicat des cols blancs.

Depuis 2015, le nombre d’heures de maladie et les coûts qui y sont associés augmentent sans cesse. L’absentéisme a bondi de 33 % selon les chiffres obtenus par Le Journal via l’accès à l’information. La facture assumée par la Ville de Québec, en 2018, s’est élevée à 3,8 M$, une hausse de 37 % sur trois ans.

Dans tous les autres corps de métier (cols bleus, professionnels, policiers, pompiers) qui comptent au moins 450 employés, les chiffres sont relativement stables. Les cols blancs sont les seuls chez qui l’on observe une croissance marquée des congés de maladie. Leurs effectifs ont diminué depuis 2015, passant de 1667 employés à 1627 au 1er janvier 2019.

Le président du syndicat des fonctionnaires municipaux, Réal Pleau, a sa propre théorie pour expliquer le phénomène de la hausse d’absentéisme. « Les gens sont épuisés, puis ça fait longtemps qu’on le dit qu’on va frapper un mur, puis on s’en va vers là. Les statistiques sont là », s’est-il indigné en entrevue.

«On a tellement coupé que dès qu’il manque une personne pour une semaine, à cause d’une bonne gastro ou de n’importe quoi, on est dans la marde, excusez le terme, mais c’est ça... On est toujours au maximum, on tire le jus, puis à un moment donné, le monde tombe», a-t-il résumé. «Le maire a toujours dit : “J’ai enlevé le gras, là, je suis rendu à enlever la chair”. Mais à un moment donné, on coupe sur le service tout le temps et c’est le citoyen qui paie en fin de compte.»

Réorganisation administrative

La réorganisation des services administratifs, lancée par les élus d’Équipe Labeaume en début d’année, n’améliorera pas le bilan, croit Réal Pleau. Les statistiques des congés de maladie des premiers mois de l’année 2019 tendent à lui donner raison. En date du 7 avril, on rapportait déjà 45 918 heures de congé de maladie. Si la tendance se maintient, la Ville se dirige vers un nouveau sommet.

«C’est le bordel dans les arrondissements. C’est de l’improvisation. On ne consulte pas nos gens. On nous dit : “Maintenant, ça marche de même”», critique-t-il.

«On n’a pas de stabilité ; il y a des réorganisations, des fusions, des changements, des ci, des ça... On engage des cadres, par contre, et on engage des professionnels, mais ils ne font pas la même job, ces gens-là. En tout respect pour mes collègues professionnels, il y a trop de chefs, pas assez d’Indiens.»

L’opposition est inquiète

L’opposition avait effleuré la problématique, début avril, en marge d’un point de presse, et disait alors plancher sur une éventuelle sortie à ce sujet. «La restructuration proposée actuellement m’inquiète énormément», avait déclaré le conseiller politique de Jean-François Gosselin, Richard Côté.

«On rencontre des gens qui nous racontent des choses sur le déploiement des effectifs, des gens qui sont épuisés [...] et qui disent qu’on va frapper un mur», avait-il prévenu.

Pas pire qu’ailleurs, répond la Ville

La Ville de Québec affirme que la hausse des congés de maladie chez les fonctionnaires s’inscrit dans une « tendance » généralisée au Québec puisque les employés n’hésitent plus à demander de l’aide.

Les victimes de la dépression et de l’épuisement professionnel, qui vivaient auparavant leur drame dans le plus grand anonymat, osent maintenant briser le silence et prendre le temps qu’il faut pour se remettre sur pied, expose le vice-président du comité exécutif de la Ville de Québec, Rémy Normand.

«Peut-être qu’il n’y en a pas plus qu’avant, mais qu’ils sont davantage déclarés qu’avant... On a plus accès, maintenant, à des programmes d’aide qu’à l’époque et c’est moins tabou que ça l’était la question de la santé mentale. Les gens ont plus tendance à formuler des demandes. Globalement, on observe le même phénomène pour les fonctionnaires dans les autres grandes villes du Québec.»

«Depuis plusieurs années, on en parle beaucoup plus et on fait des campagnes ici à la Ville de Québec. On remet un feuillet aux employés, on les invite à se faire accompagner et à demander de l’aide. C’est une bonne nouvelle que les gens cherchent plus d’accompagnement qu’auparavant et qu’on leur accorde cet accompagnement», observe M. Normand.

«Tu peux aussi avoir deux, trois, quatre ou cinq personnes (en absence prolongée) qui font varier beaucoup les indicateurs. Notre taux d’absentéisme est très avantageux», assure-t-il.

Les arguments syndicaux contestés

M. Normand conteste par ailleurs la théorie du syndicat des cols blancs au sujet des coupes de personnel et attribue la sortie de M. Pleau au contexte actuel de négociations pour le renouvellement de la convention collective.

Il rejette le lien de cause à effet évoqué par les cols blancs et l’opposition quant aux effets de la réorganisation sur la santé du personnel. Il est prématuré, selon lui, de tirer des conclusions. «Ces données-là, tu ne peux pas attribuer ça à la réforme administrative mise en place en décembre 2018.»

Une augmentation constante

Congés de maladie : fonctionnaires de la Ville de Québec

2015: 117 948 heures (2,785 M$)

2016: 132 231 heures (3,313 M$)

2017: 140 132 heures (3,537 M$)

2018: 156 493 heures (3,822 M$)

2019: 45 918 heures (1,107 M$)*

* en date du 7 avril

Note : Le total d’heures de maladie comprend l’ensemble des absences de toute nature et de toute durée. Le montant déboursé par la Ville, cependant, exclut les absences prolongées dont le coût est assumé par l’assurance collective ou la CNESST.

* Source : Ville de Québec