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Fin de Rénovert: une perte de 300 M$ anticipée en rénovation

Agence France-Presse

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Le crédit Rénovert a fait bondir les ventes chez les commerçants de climatisation, chauffage et portes et fenêtres écoénergétiques, qui vont accuser une perte estimée à 300 millions $ en retombées économiques dans la prochaine année en raison de son abolition.

Depuis son arrivée en 2016, le crédit Rénovert a grandement stimulé l’économie de la rénovation écoresponsable au Québec, soutient l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). Selon les plus récentes données de l’organisme, 5,4 % des dépenses en rénovation au Québec, soit près de 1,8 G$, sont attribuables au crédit d’impôt, pour les années 2016 et 2017.

L’organisme dit ne pas comprendre pourquoi la CAQ a mis la hache dans ce programme lors du dépôt de son récent budget. « Selon nos prévisions économiques, il y aurait eu une augmentation de la croissance des investissements en rénovation de 4 %, pour un total de 14,3 G$ au Québec s’il y avait eu maintien de Rénovert. Cette augmentation est maintenant revue à 2 %, soit à 13,7 G$, ce qui signifie 300 millions de dollars de moins en retombées économiques pour les régions du Québec », mentionne le porte-parole François Vincent.

Des affaires d’or

Les différents commerçants rencontrés par Le Journal soutiennent avoir fait des affaires d’or grâce à cet incitatif gouvernemental considérable. Dès l’entrée en vigueur du crédit en mars 2016, l’entreprise Vitrerie Lévis a vu bondir son chiffre d’affaires de 20 %, affirme son président Mario Lévesque.

Le son de cloche est le même à Montréal. « Nous avons remarqué une hausse marquée de nouveaux clients depuis l’entrée en vigueur du crédit. Les clients étaient informés et avaient un souci de l’environnement et de l’économie d’énergie », affirme de son côté Olivier Phan, propriétaire de portes et fenêtres Thermex à Montréal.

Chez Filtre Plus, spécialisé en thermopompe, climatisation et échangeur d’air à Québec et en Montérégie, on a enregistré des records de ventes pour l’année 2018. « Nous avons eu des hausses de près de 13 % l’an dernier, en raison du crédit et des canicules. Ç’a été notre meilleure année », affirme le président, Carl Bolduc. Le crédit Rénovert, qui correspondait à 20 % de la partie des dépenses admissibles qui excédait 2500 $ pour des travaux de rénovation écoénergétique, a été aboli le 31 mars dernier. Plusieurs propriétaires ont d’ailleurs profité de la dernière fin de semaine pour boucler leurs projets de rénovation.

Au cours des prochains mois, les commerçants admettent qu’ils devront faire preuve d’imagination pour attirer la clientèle qui ne bénéficie plus de ce crédit considérable, notamment en facilitant l’achat par des plans de financement.

Mais la disparition de Rénovert ne devrait pas faire remonter les prix, assurent les commerçants. « La compétition est très forte dans le domaine, et les prix étaient déjà très agressifs. Il va falloir essayer toutes sortes de façons ou d’autres incitatifs pour attirer le client », affirme M. Lévesque.

Mauvaise nouvelle pour tout le monde

Sans surprise, l’APCHQ déplore l’abolition de ce crédit d’impôt, qui était « gagnant pour le client, le commerçant et le gouvernement ». Il contribuait également à faire diminuer le travail au noir, soutient le porte-parole, François Vincent (voir encadré).

« Ce crédit d’impôt avait des impacts positifs dans toutes les régions du Québec, et l’argent qui était investi allait directement dans l’économie locale », affirme M. Vincent. Selon l’APCHQ, chaque dollar investi en rénovation rapporte 22 sous en taxes au gouvernement provincial et 8 sous au gouvernement fédéral.

Retombées du crédit d’impôt

Pour 2016 et 2017

Nombre de ménages québécois ayant profité de Rénovert : 176 624

Crédit moyen obtenu : 1671 $

Valeur moyenne des rénovations écoresponsables effectuées : 10 856 $

Diminution du travail au noir : en 2013, le travail au noir représentait 11,3 % de 25,3 G$, soit l’investissement total en rénovation au Québec

En 2016, ce pourcentage est passé à 10,5 % de 26,3 G$, soit l’investissement total en rénovation au Québec.

Source : APCHQ

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