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Un changement d’école «précipité» pour leur fille autiste

Dominique Scali - Le Journal de Montréal

DOMINIQUE SCALI - JDEM

Des parents dénoncent le changement d’école imposé à leur fille autiste, alors qu’il ne restait que moins d’un mois à l’année scolaire.

« Pour eux [la commission scolaire], c’est comme de prendre un dossier dans un tiroir et le mettre dans un autre tiroir. Mais c’est sûr que ça va la bouleverser », dit Stéphane Comeau, résident à Sainte-Thérèse, dans les Laurentides.

Sa fille, Sabrina Comeau, 9 ans, a un trouble du spectre de l’autisme et souffre aussi d’épilepsie. Depuis trois ans, elle était dans une classe pour enfants autistes à l’école Le Rucher, à Bois-des-Filion.

En janvier, la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI) a décidé de transférer Sabrina à l’école des Érables, un établissement spécialisé pour enfants handicapés.

« C’était sorti de nulle part », raconte Badia Kachmar, la mère de Sabrina.

Sécurité

Le motif invoqué par la CSSMI est celui de la sécurité. À certains moments de son parcours, la petite fille pouvait avoir une dizaine d’épisodes d’absence épileptique par jour, explique France Pedneault, directrice des communications à la CSSMI.

C’est une modification à sa médication qui viendrait dégrader sa coordination et ainsi accentuer les pertes d’équilibre, ce qui expliquerait l’urgence de changer d’établissement cette année, précise-t-elle.

Une version des faits que conteste vivement la mère. « Ce n’est même plus ce médicament-là qu’elle prend », dit Mme Kachmar.

En trois ans, jamais les pertes d’équilibre n’ont posé problème ou causé un accident, dit-elle.

Les parents soupçonnent plutôt l’école de tenter de se « débarrasser » de leur fille, une impression que partagent beaucoup de familles d’enfants autistes.

Ils ont donc contesté le classement, en vain. La décision est tombée à nouveau le 2 mai : Sabrina devait changer d’école à moins de deux mois de la fin de l’année.

Or, les enfants autistes ont souvent un grand besoin de routine. Tout réapprendre dans une nouvelle école en pleine année scolaire sera un énorme défi, disent les parents.

« Exceptionnel »

Les transferts en cours d’année sont « exceptionnels », avoue Mme Pedneault de la commission scolaire.

Un rapport du Protecteur de l’élève vient appuyer la nécessité de transférer rapidement Sabrina, qui n’a pas vraiment de problème à s’adapter aux nouvelles situations, précise-t-elle.

De plus, les deux écoles collaborent pour faire vivre à Sabrina une transition progressive, ajoute-t-elle.

« Ce n’est pas parce qu’on veut s’en débarrasser, mais parce qu’on veut qu’elle reçoive les meilleurs services. »

À l’école des Érables, il y a moins d’escaliers, la cour est adaptée, les locaux d’apaisement plus grands, illustre Mme Pedneault.

Mais Mme Kachmar n’a pas du tout la même lecture. Elle a visité la nouvelle école. Un établissement qui ressemble à un « hôpital psychiatrique », pour une clientèle beaucoup plus lourde que le cas de sa fille, maintient-elle.

Une situation tristement commune

Les cas d’enfants autistes qui font l’objet d’un changement d’école précipité sont « tristement communs », observent des parents et des organismes.

« Le bouton eject est très rapide », résume Karine Brunet, directrice générale de la Société de l’autisme des Laurentides, qui remarque que les enfants qui ont ce diagnostic sont souvent des « patates chaudes » pour les écoles.

Il y a quelques semaines, un père de Montréal a publié sur les réseaux sociaux un cri du cœur témoignant de cette tendance.

Benoît Riopel discutait depuis longtemps avec l’école pour trouver un plan adapté à son fils de 11 ans atteint du syndrome d’Asperger.

Le lundi 15 avril, la décision est tombée comme un couperet : son fils allait changer d’établissement dans une semaine, et d’ici là, pas question qu’il remette les pieds à son école actuelle, raconte-t-il en entrevue au Journal.

Hospitalisé

En apprenant la nouvelle, son fils a été si bouleversé qu’il a eu une crise au point où la police a dû être appelée et le garçon hospitalisé pendant trois jours, relate M. Riopel.

Après l’intervention du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, la commission scolaire s’est excusée et l’élève a pu retourner à son école pour dire adieu à ses amis. Il est maintenant très heureux dans son école spécialisée.

« Notre histoire se finit bien », avoue M. Riopel.

Mais entre-temps, il a reçu une centaine de commentaires et de messages de parents d’enfants autistes, dont plusieurs qui ont vécu une histoire semblable.

Personnel dépassé

Le personnel scolaire est parfois complètement dépassé par la complexité des cas d’élèves autistes, soit par manque d’expertise ou par manque de ressources, observe-t-il.

Mais d’autres fois, il faut simplement un peu de flexibilité et moins de rigidité dans la façon de gérer ou d’enseigner, note M. Riopel.