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Derrière l'affaire Vincent Lambert, l'histoire d'une fracture familiale

Agence France-Presse

«C'est une famille minée par les secrets et les non-dits», commente François Lambert, le neveu de Vincent Lambert, quadragénaire en état végétatif depuis dix ans, autour duquel se livre en France une âpre bataille judiciaire.

Derrière «l'affaire Lambert» se cache l'histoire d'un clan familial recomposé et profondément divisé. Autour de leur fils, époux, frère et oncle, il y a ceux qui refusent catégoriquement, au nom notamment de leurs fortes convictions religieuses, tout arrêt des traitements et ceux qui réclament que l'on cesse cet «acharnement thérapeutique».

Vincent Lambert, au coeur du huis clos familial

Aujourd'hui âgé de 42 ans, il est tétraplégique dans un état végétatif jugé irréversible depuis plus de dix ans, après un accident de moto en septembre 2008, quelques jours après son 32e anniversaire.

À sa naissance, ses parents, Pierre Lambert et Viviane Cassier, sont amants et ont chacun un conjoint. Jusqu'à six ans, Vincent vit sous le toit du mari de sa mère, Jacky Philippon, et porte son patronyme. Il appelle tour à tour les deux hommes «papa», raconte sa soeur aînée Marie-Geneviève. Un schéma familial qui tranche avec l'éducation catholique traditionaliste reçue.

Lui est envoyé à 12 ans dans un établissement de la Fraternité Saint-Pie X, communauté intégriste proche de l'extrême droite fondée par Mgr Lefebvre. Il est renvoyé pour son «esprit rebelle». «Il n'a alors cessé de prendre ses distances avec l'idéologie de nos parents», témoigne sa soeur cadette Marie. Il a juste «pris son autonomie», tempère son demi-frère, David Philippon.

Vincent devient infirmier, spécialisé en psychiatrie.

Il formule à plusieurs reprises, selon plusieurs proches, son souhait de ne pas être «maintenu artificiellement en vie», mais ne rédige pas de directive anticipée. «Il avait le goût de l'extrême et de la vie à 200 à l'heure», raconte Marie-Geneviève.

Le camp pro-maintien des traitements

- Il y a d'abord le père, Pierre, 90 ans, et la mère, Viviane, 73 ans. Au milieu des années 70, Viviane, mariée et mère de trois fils (Guy-Noël, Frédéric et David Philippon) travaille pour Pierre et son épouse Renée-Odette, parents de deux adolescents, Dominique et Marie-Geneviève.

Le couple, un temps clandestin, se marie à la naissance, en 1982, de leur quatrième enfant, Joseph.

Se situant «à la droite de la droite», selon ses enfants, Pierre exerce comme gynécologue. Anti-IVG, il est responsable départemental de «Laissez-les vivre». Catholique pratiquante, Viviane, femme forte et énergique, s'est rapprochée des milieux intégristes. «Aujourd'hui, elle fait carrière en tant qu'égérie», lâche Marie-Geneviève.

Un couple «mal assorti», selon plusieurs enfants. Lui est «torturé» là où elle «ne se pose pas beaucoup de questions». «Leur vie à deux, c'était épouvantable, ils s'engueulaient tout le temps», se souvient Frédéric.

- Sur les neuf enfants, issus de trois lits, deux, David Philippon (père de neuf enfants) et Anne Lambert (six enfants), eux aussi fervents catholiques, partagent ce combat pour «la vie». Pour David, arrêter les traitements serait «condamner à mort un handicapé». «J'ai des convictions religieuses affirmées, mais je ne mène pas de croisade», confie-t-il en souhaitant que sa famille «sorte de cette bataille juridique».

Le camp anti-acharnement thérapeutique

- L'épouse, Rachel, 38 ans, infirmière, rencontrée en 2002 à l'hôpital de Longwy. Le couple, marié en 2007, vit près de Reims et donne naissance à une fille deux mois avant l'accident de Vincent. Décrite comme «discrète», voire «taciturne», Rachel partage avec son époux un certain «humour noir».

Elle a écrit un livre «Parce que je l'aime, je veux le laisser partir», mais ne s'exprime plus dans les médias. En proie aux insultes sur des sites internet intégristes, elle trouve refuge en Belgique.

- Le neveu François Lambert, 38 ans, fils de Marie-Geneviève. Très investi sur le front médiatique et judiciaire. Devient sur le tard élève avocat. «J'ai quelque chose à défendre», clame celui qui voyait Vincent comme son «grand frère». Les «pro-vie» ne veulent plus le croiser. «Il se venge et salit la famille», l'accuse David.

- Six frères et soeurs (Dominique, Marie-Geneviève, Guy-Noël, Frédéric, Marie et Joseph). »On ne se bat pas avec les mêmes armes qu'eux. Eux mènent un combat idéologique et religieux», dénonce Marie, pour laquelle Vincent est «un légume, un mort-vivant». Frédéric, devenu à 17 ans moine, dans le sud-est de la France, au Barroux, quitte en 2009 l'abbaye proche des milieux catholiques intégristes. Il révèle un peu plus tard son homosexualité: «Ma mère m'a envoyé des livres pour que je guérisse de cette "maladie"». Marie en est persuadée: «la scission familiale s'est faite dès ce moment-là».

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