/news/world

Guerre ouverte entre Trump et les démocrates, qui parlent de destitution

Élodie Cuzin | Agence France-Presse 

Donald Trump et les démocrates américains sont entrés mercredi dans une véritable guerre ouverte, donnant au débat sur une procédure de destitution contre le président américain une intensité nouvelle.

Visiblement irrité, le milliardaire a exhorté les démocrates du Congrès à arrêter leurs «investigations bidon», en niant s'être livré à toute tentative d'étouffer les conclusions de la vaste enquête russe.

«Je ne pratique pas la dissimulation», a martelé M. Trump lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte.

Il venait de couper court de façon extrêmement abrupte à une réunion organisée à la Maison-Blanche avec les dirigeants démocrates des deux assemblées du Congrès, Nancy Pelosi et Chuck Schumer.

Objet de son courroux: peu avant l'entretien, censé porter sur un vaste programme d'infrastructures, Mme Pelosi l'avait publiquement accusé d'être «engagé dans une opération de dissimulation».

Les faits reprochés au président pourraient «justifier une procédure de destitution», a plus tard ajouté l'élue de 79 ans.

Une déclaration très remarquée puisque la puissante chef démocrate, d'ordinaire habile stratège, s'applique au contraire depuis des mois à décourager les voix de son parti favorables à une telle option, trop impopulaire selon elle.

Mais le débat a pris une nouvelle ampleur depuis le début de la semaine, après de nouveaux refus de l'administration Trump de coopérer avec les enquêtes parlementaires menées par les démocrates.

«Hier soir j'ai entendu qu'ils allaient se réunir juste avant cette réunion pour parler du mot "i". Vous vous rendez compte?», s'est indigné Donald Trump, 72 ans, en référence au mot anglais pour «destitution»: «impeachment».

Visiblement en colère, le président américain est arrivé en retard à la réunion à la Maison-Blanche. Sans serrer les mains des démocrates et sans même s'asseoir, Donald Trump a accusé Nancy Pelosi d'avoir dit quelque chose de «terrible», selon une source démocrate. Puis il est reparti.

«Se remettre au travail»

Infrastructures, mais aussi budgets ou réformes: la guerre ouverte entre démocrates et républicains menace de bloquer toute initiative dans un Congrès divisé.

Une perspective potentiellement néfaste à l'orée des élections présidentielle et parlementaires de novembre 2020.

Les démocrates ont le choix, a martelé le président sur Twitter après sa conférence de presse surprise:

Soit «continuer la chasse aux sorcières», en référence à l'enquête du procureur spécial Robert Mueller portant sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016, les soupçons de collusion entre l'équipe de campagne de M. Trump et Moscou et sur ses tentatives présumées d'entraver par la suite ces investigations.

«Soit se remettre au travail...»

Le président républicain a clairement choisi son angle d'attaque: en gaspillant toute leur énergie dans de multiples enquêtes parlementaires le visant, les démocrates négligent leur travail parlementaire, et donc les électeurs.

Trump «n'est pas prêt»

Les chefs démocrates sont bien conscients que cet argument pourrait porter.

Comment rendre audible leur message sur les questions qui préoccupent en priorité les Américains si le débat sur une procédure de destitution brouille toutes les ondes ?

D'autant qu'avec un Sénat contrôlé par des républicains encore farouchement fidèles à Donald Trump, une tentative de destitution irait droit dans le mur.

Après la réunion abrégée, les démocrates ont renvoyé la responsabilité de la paralysie politique sur Donald Trump.

«Nous sommes venus avec l'engagement, l'espoir d'une vision commune pour cette excellente occasion de créer des emplois dans notre pays (...). Malheureusement, le président n'est pas prêt», a tancé la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Si la conférence de presse a paru improvisée, Donald Trump avait disposé un panneau qui semblait lui bien préparé en avance.

«PAS de collusion. PAS d'obstruction», y était-il écrit, leitmotiv du président depuis la remise du rapport Mueller fin avril.

Apaiser les pro-destitution

Ce nouvel affrontement pourrait compliquer la tâche de Nancy Pelosi, qui tentait jusqu'ici d'apaiser les démocrates accusant Donald Trump d'entrave à la justice et réclamant le lancement d'une destitution.

Ou au contraire lui donner des munitions pour montrer à ses troupes qu'elle mène bien le combat contre le républicain, sans pour autant avoir à opter pour cette procédure risquée.

Elle avait tenté jusqu'ici de faire patienter ces élus --encore minoritaires-- en affirmant qu'une batterie d'enquêtes parlementaires permettraient de révéler aux Américains les fautes supposées du milliardaire.

Nancy Pelosi avait même organisé mercredi matin la fameuse réunion qui a indigné M. Trump pour débattre de la question avec certains élus, dont plusieurs comme la progressiste Alexandria Ocasio-Cortez, appellent à la destitution.

Des échanges «respectueux», avait affirmé Mme Pelosi, qui compte encore sur le solide soutien de son équipe dirigeante et en était sortie renforcée.

Dans la même catégorie