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Grand reportage sur la présence des cartels mexicains au Québec

Yves Leclerc | Journal de Montréal

Les cartels mexicains de la drogue sont présents au Québec. Le reportage Narcos PQ, présenté sur Club illico, montre que ces organisations criminelles y sont bien implantées et bien organisées.

Le journaliste Félix Séguin et la réalisatrice-vidéaste Ninon Pednault, de notre Bureau d’enquête, ont effectué, au cours des derniers mois, une incursion dans le monde des cartels mexicains, à Acapulco et à Montréal.

Le reportage dévoile que 200 importateurs, facilitateurs et tueurs à gages, liés aux cartels mexicains de la drogue, se baladent en toute liberté au Québec. Narcos PQ mêle témoignages, images d’archives, illustrations, séquences d’animation et utilisation d’un drone pour des images aériennes.

« Il était important de mettre l’élément “nouvelle” en évidence, montrer les origines de ces cartels, et comment ça se passe au Mexique. Je voulais aussi que l’on voie les répercussions ici et là-bas », a relaté la réalisatrice-vidéaste Ninon Pednault, lors d’un entretien.

Il y a 1000 meurtres par année à Acapulco. La destination vacances, située dans l’État de Guerrero, au Mexique, est devenue, en raison de cette guerre entre les cartels de la drogue, la troisième ville la plus violente de la planète.

«Il y a les gens qui sont liés aux cartels qui sont tués lors de règlements de compte et il y a aussi toutes les victimes collatérales. Je voulais aussi aborder ça», a-t-elle indiqué.

La peur de parler

Félix Séguin et Ninon Pednault ont réalisé une série d’entrevues, durant leur court séjour à Acapulco : des gens qui ont perdu des êtres chers, un commandant de police, le responsable d’une morgue et des Québécois qui vont y passer l’hiver.

«J’aurais aimé en avoir plus, mais c’est un sujet qui n’est pas facile. Les gens ont peur de parler et c’est très difficile de les convaincre de le faire devant une caméra. Il n’y a pas de scrupules là-bas à tuer une femme ou un enfant. On était conscients, lorsque nous avons interrogé la conjointe d’une victime collatérale tombée sous les balles, qu’elle le faisait à ses risques», a expliqué la réalisatrice-vidéaste­­­.

Ninon Pednault n’a jamais eu peur pour sa vie au cours de ces deux jours de tournage à Acapulco, où ils ont été accompagnés par un photographe qui documente la guerre entre les cartels. Quarante-huit personnes ont été abattues durant leur court séjour en mars.

«Il y a un certain stress, sur le terrain, avant de se lancer dans une journée de tournage, mais on devient tellement absorbé par le boulot qu’on ne pense pas trop aux risques, sans être, toutefois, dans l’inconscience. Tout n’est pas que violence. J’avais plus peur lorsqu’on roulait en trombe dans la circulation aux heures de pointe, et qu’on dépassait tout le monde dans des voitures sans ceinture de sécurité», a-t-elle observé en riant.

Images fortes

Durant leur première journée de tournage, à Acapulco, le photographe Bernandino Hernandez, qui était leur contact, leur a fait remarquer qu’ils étaient suivis dans leurs déplacements­­­.

«Des gens qui voulaient savoir qui nous étions et ce qu’on faisait là-bas. On a peut-être été en danger, mais on ne s’en est pas rendu compte», a-t‐elle révélé.

La réalisatrice-vidéaste trouvait aussi important de montrer des consommateurs de stupéfiants.

«S’il y a du commerce de la drogue qui se fait au Québec, c’est parce qu’il y a des consommateurs», a-t-elle précisé.

Rencontre inespérée dans un stationnement souterrain de Montréal, lorsque Félix Séguin et Ninon Pednault sont tombés, en attendant un interlocuteur qui ne s’est pas présenté, sur trois jeunes consommateurs.

«On se pinçait un peu. Félix les a approchés calmement et ils ont accepté de nous parler avec leurs visages brouillés», a-t-elle fait remarquer.

Narcos PQ s’ouvre sur des images très fortes où l’on «voit» trois membres d’un cartel sur le point d’être exécutés. La réalisatrice-vidéaste a choisi de ne pas montrer la scène où ils se font abattre et qui avait été mise en ligne par le cartel de Jalisco.

«C’était non. Je les ai vues, ces images, et ce n’était pas nécessaire. Nous sommes restés dans la suggestion», a-t-elle conclu.