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Immigration: «pas de chiffre magique» pour contrer la pénurie de main-d'œuvre

Jean-Michel Genois-Gagnon | Journal de Montréal

L’immigration ne sera pas «la recette miracle» pour régler les problèmes de main-d’œuvre à travers le Québec au cours des prochaines années et il n’existe pas de seuil optimal, tranche une étude de l’Institut du Québec (IDQ).

Cette analyse survient trois mois après le dépôt d’un projet de loi sur l’immigration à l’Assemblée nationale par le ministre Simon Jolin-Barrette. Le gouvernement, qui a revu en 2019 les seuils annuels d'immigration, les faisant passer de 51 000 à 40 000, envisage maintenant la possibilité de les rehausser dès 2020.

Au cours des prochains mois, Québec amorcera justement une consultation publique pour déterminer les seuils nécessaires pour 2020-2022. Le gouvernement souhaite aussi aujourd’hui mieux cibler les travailleurs étrangers en fonction des besoins des entreprises à travers la province.

Selon l’IDQ, si le gouvernement veut «demeurer économiquement fort», il devra revoir – au besoin à la hausse – les seuils d’immigration, car la «majorité des indicateurs» notent que l’impact serait positif. Cela assurerait «une croissance économique plus soutenue» pour le Québec et freinerait «la baisse du poids démographique et économique de la province» au sein du Canada.

Toutefois, il n’existe «aucun chiffre magique» qui permettrait de régler tous les enjeux, notamment celui du vieillissement de la population. L’IDQ estime que le nombre annuel de nouveaux arrivants devrait surtout être établi en fonction de la capacité du Québec à les intégrer sur le marché du travail.

Important retard

Pour information, des 51 120 immigrants admis au Québec en 2018, 85,1% se sont installés dans la région métropolitaine de Montréal et 5,5% dans celle de Québec.

«Le Québec accuse toujours un important retard par rapport au reste du Canada quant à l’intégration en emploi des immigrants, principalement pour ceux arrivés depuis moins de cinq ans», note Mia Homsy, directrice générale de l’IDQ. «Pour changer cette donne, il nous faudra donc mettre les bouchées doubles afin d’obtenir de meilleurs résultats sur de multiples aspects de la politique d’immigration, comme les délais et l’efficacité du processus de sélection, la reconnaissance des qualifications et de l’expérience étrangères, ainsi que les efforts de francisation», poursuit-elle.

L’analyse de l’IDQ, qui a réalisé quatre scénarios différents, révèle notamment que, si le Québec optait pour un seuil d’immigration qui correspond à 12% de la cible canadienne (40 000 immigrants en 2019), son poids démographique au sein du Canada chuterait, de 22,6% en 2018 à 20,2% en 2040.

«L’apport économique des nouveaux arrivants assurerait alors un tiers de sa croissance économique en 2040», dit Mme Homsy. «Dans le scénario où le Québec augmentait cette part à 23% du solde canadien, soit son poids démographique au sein du Canada – passant de 63 000 immigrants en 2019 à 103 000 en 2040 –, l’immigration contribuerait à la moitié de sa croissance économique en 2040», ajoute-t-elle.

Impacts

Selon l’IDQ, l’arrivée de travailleurs étrangers en plus grand nombre aurait toutefois un impact sur le PIB par habitant. Avec un seuil d’immigration de 12%, il s’élèverait en 2040 à 58 596$. À 23%, il passerait à 55 871$.

«Si tu ajoutes à ta population des gens qui travaillent moins et qui gagnent moins, c’est certain que cela va avoir un impact. Ton PIB va grimper plus lentement, d’où l’importance de bien intégrer ces gens sur le marché du travail», explique Mme Homsy.

Si on regarde maintenant du côté du système de santé, l’IDQ estime que, malgré le fait que les travailleurs étrangers soient en moyenne plus jeunes, l’immigration ne freinera pas la hausse du fardeau des dépenses pour les contribuables en raison du vieillissement de la population.

«S’ils ont de moins bons salaires, ils paient moins d’impôts. Ils vont aussi consommer des soins de santé. Oui, cela va faire plus de monde pour payer pour les services, mais cela n’aura pas d’impact significatif», conclut Mme Homsy.

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