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Le conducteur n’avait pas les facultés affaiblies

Valérie Bidégaré et Jean-François Racine et Dominique Lelièvre | Journal de Québec

Le conducteur qui a provoqué une spectaculaire collision au centre-ville de Québec, hier midi, blessant une douzaine de personnes, n’était pas sous l’influence de l’alcool ou de la drogue, selon les enquêteurs, qui envisagent plutôt les hypothèses du malaise ou de l’infraction criminelle.

Selon le porte-parole du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Étienne Doyon, l’enquête a permis d’établir que le conducteur de la voiture qui a circulé à vive allure et en sens contraire, sur le boulevard Charest, percutant ensuite un immeuble, n’avait pas les facultés affaiblies.

Du reste, «rien n’est écarté» pour expliquer le comportement de l’automobiliste, a-t-il indiqué, en précisant que l’enquête pourrait durer «un certain temps», étant donné le nombre de témoins à rencontrer. Les hypothèses d’un malaise ou de l’infraction criminelle, telle que la conduite dangereuse, sont entre autres étudiées.

 

La police n’avait aucune mise à jour à offrir concernant la condition des trois personnes ayant subi des blessures sérieuses, mais ne mettant pas leur vie en danger. Les autres blessés auraient pour la plupart obtenu leur congé de l’hôpital, ayant été traitées pour des lésions provoquées par des éclats de verre ou pour avoir inhalé de la fumée provenant de l’incendie s’est déclaré après l’accident.

À très haute vitesse

Les témoins de la collision sont toujours secoués au lendemain de l’événement. C’est le cas de Denys Royer, un brigadier de 50 ans qui a failli être percuté par le VUS quelques centaines de mètres avant le choc final. Il se trouvait en effet au centre de la chaussée, panneau d’arrêt dans les mains, pour faire traverser un écolier d’une dizaine d’années.

«À la vitesse qu’il roulait, je n’ai même pas pu voir si le conducteur était un homme ou une femme. Tout ce que j’ai vu, c’est une grosse boule grise. Rendu-là, il devait aller... moi, je me demande si ce n’est pas 160, 180 [km/h], je te le jure. Ç’a passé tellement vite, c’est hallucinant», témoigne M. Royer.

Jeudi matin, plusieurs travailleurs de l’immeuble sont retournés à leur bureau pour constater les dommages et récupérer des effets personnels.

«On est une petite communauté, donc on se connaît beaucoup et on est très proches. [...] Il y a eu beaucoup de courage. Ce ne sont pas des événements qui sont faciles à vivre. On est très privilégiés [d’être en vie]», a partagé Joel Rioux, directeur de la Ruche à Québec, dont les bureaux sont situés dans l’immeuble éventré à l’intersection du boulevard Langelier.

La voiture qui circulait en direction est aurait bifurqué de sa trajectoire entre les rues Durocher et Victoria pour poursuivre sa course toujours vers l’est, mais en sens inverse. Vers 12 h 50, un accident avec un second véhicule est survenu à l’intersection Saint-Vallier et, après l’impact, les voitures ont franchi le terre-plein central avant que l’une d’elles ne s’encastre dans l’immeuble. Le conducteur, un homme de 47 ans, a terminé sa course dans la cuisine du Fonds d’emprunt Québec, une entreprise installée au rez-de-chaussée. Un incendie a ensuite éclaté.

In extremis

Plusieurs personnes se trouvaient alors dans la pièce voisine. «Habituellement, nous sommes tous dans la salle où l’accident est arrivé, mais aujourd’hui, André nous donnait un cours de ukulélé, alors on était dans la pièce juste à côté. Le ukulélé nous a sauvés sinon mon équipe aurait été frappée de plein fouet. Ça aurait été un massacre», a expliqué Jean Morissette.

«Le bâtiment tremblait, des choses s’écroulaient, on voyait de la poussière lever dans les airs avec de la vitre. On a vu que c’était assez grave», a ajouté Martin Labrecque.

Jean Morissette a alors tenté d’aller secourir le conducteur. «J’ai essayé de le sortir et j’ai vu une femme, dont l’état était plus grave. Elle était amochée. J’ai décidé de la sortir quand j’ai vu que ses membres pouvaient bouger», continue-t-il.

«Comme un zombie»

M. Morissette est ensuite retourné auprès du conducteur. «Il semblait en état de choc. Je l’ai aidé à sortir. Il s’est mis debout et restait là comme un zombie. »

Au total, une quinzaine de personnes ont été évaluées par les ambulanciers. Pendant des heures, plusieurs enquêteurs ont tenté de reconstituer le fil des événements.

Selon le copropriétaire de l’immeuble, trois locaux situés au rez-de-chaussée ont été touchés. Des travaux importants devront être effectués. «Au Fonds d’emprunts, qui est le principal touché, on parle vraiment d’un sinistre majeur», précise Georges Blouin.

La Ville de Québec n’a pas voulu s’avancer sur la configuration de ce secteur. Ailleurs, à Charlesbourg, le restaurant Les frères Toc avait été défoncé quatre fois avant de faire des modifications.  

 – Avec la collaboration d’Élisa Cloutier