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«Tous des oiseaux»: la magnifique envolée de Wajdi Mouawad

Emmanuel Martinez

 - Agence QMI

PHOTO COURTOISIE/Simon Gosselin

À défaut de pouvoir briser des murs, le théâtre peut parfois les survoler pour offrir une perspective différente. Wajdi Mouawad y arrive magistralement avec sa pièce «Tous des oiseaux», présentée en première du Festival TransAmériques (FTA) au Théâtre Jean-Duceppe de Montréal.

Entremêlant le secret d’une famille juive au conflit israélo-palestinien, cette production s’appuie sur une histoire intime bien ficelée et sur une toile de fond politique exploitée avec justesse pour aborder des thèmes universels puissants comme l’identité et l’affiliation. Plusieurs parallèles peuvent ainsi être établis avec «Incendies», l'œuvre la plus connue du dramaturge d'origine libanaise qui a grandi au Québec et qui vit maintenant en France où il dirige le Théâtre national de la Colline à Paris.

Le récit de base semble simple. Un jeune juif allemand un peu moche devient follement amoureux d’une sublime musulmane arabe qui partage les mêmes sentiments que lui. Sa famille, particulièrement son père, réagit toutefois avec dégoût lorsqu’il annonce cette relation. S’ensuit une série d’événements qui viennent habilement faire dévier la trame de départ.

Wajdi Mouawad manie ainsi une foule de détails et de symboles qui donnent du volume et de l’originalité au propos, que ce soit avec le passé communiste est-allemand de la mère, l’évocation d’un artiste contemporain qui produit des toiles avec son sperme ou l'inclusion de Léon l’Africain, un diplomate d’Afrique du Nord du 16e siècle.

Sa capacité à bâtir des ponts entre la fiction et la réalité sans que cela détonne force le respect. Le tout dans une mise en scène impeccable.

Bien imbriqué

Cette pièce est jouée en allemand, anglais, arabe et hébreu avec des sous-titres français. Malgré tout, le texte demeure fort et imagé, grâce à une concision remarquable. Et ce mélange des langues procure une sensation quasi documentaire, servant bien le propos voulant qu’une identité soit multiple.

Les comédiens sont excellents, à l’exception de Nelly Lawson qui peine à trouver son ton dans la peau de la belle Wahida. Les personnages de la grand-mère juive (Leora Rivlin) et de la mère (Judith Rosmair) sont particulièrement bien travaillés par l’auteur et sont rendus avec finesse.

La scénographie, tels les grands pans de mur servant de décor rappelant celui qui sépare Israéliens et Palestiniens, ainsi que l’assourdissant bruit des jets de l’État hébreu, est à la fois sobre et percutante.

Même si cette production dure quatre heures, avec l’entracte, le spectateur ne s’ennuie guère puisque les épisodes s’enchaînent à merveille, tant pour faire avancer le récit que pour explorer les thèmes abordés.

Ayant remporté en France le Grand Prix décerné par l’Association professionnelle de la critique de théâtre, de musique et de danse en 2017, cette œuvre est à la hauteur des murs qu’elle tente de surmonter.

«Tous des oiseaux» est présentée jusqu’au 27 mai au Théâtre Jean-Duceppe.