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Un retour aux sources pour Philémon Cimon

Gabriel Beauchemin

 - Agence QMI

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TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

L’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon lance vendredi son quatrième album, intitulé «Pays», à travers lequel ses racines et sa volonté d’authenticité traversent toute sa proposition.

«J’avais envie de revenir à quelque chose le plus proche possible de ce qui est de faire de la musique avec du monde», indique d’emblée Philémon Cimon.

Pour ce faire, l’artiste s’est équipé d’une machine à tape quatre pistes à partir de laquelle il a enregistré l’ensemble des morceaux qui constituent son quatrième opus. Son appartement, une petite église de Saint-Joseph-de-la-Rive et une chapelle de Port-au-Persil, dans Charlevoix, ont fait office de studios.

Si le chanteur assume tout à fait le résultat plus acoustique et plus brut de son dernier effort studio, notamment en raison des prises de son directes, sa maison de disque Bonsound a choisi de se dissocier du projet. Les réticences de son ancien partenaire n’ont pas ébranlé plus qu’il ne le faut le musicien. L’album allait paraître malgré tout, et ce, peu importe les responsabilités qui en découleraient.

«Attendre après d’autres maisons de disques qui avaient des réserves comme Bonsound, ça ne me tentait pas, dit Philémon Cimon. Ça implique un certain travail, mais en même temps c’est ça qui me permettait de le sortir cet album-là et d’aller au bout de mon idée. J'avais pas envie de faire de compromis, cet album-là il me plaisait, je voyais pas pourquoi j’allais le changer.»

S’inspirer de ses racines

Cette direction plus acoustique, il ne l’avait pas recherchée dès le départ, tout comme les textes qui allaient s’y joindre.

«Personnellement, ce n’est pas ça que je comptais faire au début, je voulais juste essayer de faire un album qui allait me plaire et qui allait être proche de moi-même, donc j’ai plutôt entamé une recherche sur moi, sur ce qui m’intéressait, sur d’où je viens, qui je suis, les questions classiques, mais qui demandent un certain temps et un certain travail», poursuit Philémon Cimon.

L’élément déclencheur fut sans aucun doute la découverte des mémoires de sa grand-mère, un long enregistrement d’une trentaine d’heures où elle raconte son enfance. L’idée de s’inspirer de ses origines, des lieux qu’il a habités, commença dès lors à germer doucement.

«J’ai trouvé ça super le "fun" ce retour-là dans le passé pour en faire quelque chose de nouveau. À ce moment-là, je ne savais pas encore exactement où je m’en allais avec l’album, mais ça a vraiment donné le ton pour tout le reste», explique Philémon Cimon.

Sauver un héritage

Plusieurs morceaux sont directement inspirés de son enfance et des gens qu’il a côtoyés alors qu’il habitait Charlevoix. La quatrième piste de l’album, intitulée «La chanson de Saint-Joseph-de-la-Rive», en représente un exemple éloquent.

«C’est une chanson que mon oncle a composée en 1968 et que j’ai entendue souvent à l’église de Saint-Jo dans Charlevoix, indique le musicien. La chorale la chantait et je trouvais ça beau, c’était une chanson qui parlait de choses autour de moi, je me sentais proche de ça. C’était une réalité dans laquelle je ne me sentais pas dépaysée.»

L’idée de vouloir la sauver des ravages du temps s’est donc imposée d’elle-même. «J’ai eu envie de raviver cette chanson-là parce que sinon, eh bien... Le curé est mort l’an passé et la chanson allait mourir avec lui», poursuit le chanteur.

Un pays à soi

Il serait faux de voir à travers le titre de l’album une revendication nationaliste. Le mot «pays» évoque chez l’auteur un sens bien plus familier, intime. Le pays, c’est un peu Charlevoix.

«À la base, c’est juste un terme qui représente un certain lieu où on se sent chez nous, explique le chanteur. Il y a le pays de Charlevoix, le pays de la Mauricie, les Pays de la Loire.»

Reprenant la remarque de Yolande Simard-Perrault, conjointe du cinéaste Pierre Perrault duquel il s’est grandement inspiré tout au long de la composition de son album, l’artiste en tire une définition toute simple. «Le pays, c’est l’endroit où il fait bon être», conclut Philémon Cimon.

L’album Pays est disponible à partir de vendredi.

Réflexions sur le monde de la musique

Les difficultés de financement

«Mon réflexe à moi, ça a été de faire un album plus minimaliste, mais quand même je ne sens pas m’être trahi là-dedans parce que j’adore cette musique-là, de "field recording", où tu enregistres des fermiers dans une ferme, des cultivateurs, mais parfois le soir ils font des partys avec leurs violons et là tu les enregistres. C’est un peu ça que j’essaie de recréer.»

Les revenus

«Moi, je me suis trouvé des "jobs" pour pouvoir être indépendant, pour que si mon idée ne plaît pas aux compagnies de disques, je puisse quand même la mener à bout.»

«Il y a eu un moment où, pour reprendre plaisir à la musique, il a fallu que je sorte la musique du concept de l’argent parce que ça devenait très oppressant.»

La liberté de création

«Y’avait pas beaucoup plus de vedettes y’a 30 ans, mais au moins il y avait des disques qui étaient vendus et cet argent-là était remis dans l’industrie et ça permettait, je pense, je l’espère, aux producteurs d’être plus audacieux par moments.»

«Je les comprends les diffuseurs, le gars ou la fille à Rimouski ou à Matane qui se dit: "est-ce que je risque d’être déficitaire et je prends celui-là ou je prends la valeur sûre?"»

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