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Fitzgibbon et un ami sous la loupe du commissaire au lobbyisme

Alexandre Robillard et Pierre Couture et Jean-François Gibeault - Le Journal de Québec

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Simon Clark/Agence QMI

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Le commissaire au lobbyisme s’intéresse à une rencontre entre le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon et un ami qui venait de lui rendre service en le délestant d’actions embarrassantes, a appris notre Bureau d’enquête.

Le 13 décembre, M. Fitzgibbon a reçu à son bureau le lobbyiste Luc Laperrière et ses clients de l’entreprise Alter&Go, indique l’agenda public du ministre, publié sur internet.

En novembre, M. Laperrière avait accepté d’acheter à M. Fitzgibbon ses actions d’une entreprise. Il a dû s’en débarrasser en catastrophe pour éviter une situation d’apparence de conflit d’intérêts.

La commissaire à l’éthique Ariane Mignolet enquête déjà sur cette transaction à la suite de révélations de notre Bureau d’enquête, en avril.

Francis Léonard, président-directeur général d’Alter&Go, a affirmé à notre Bureau d’enquête qu’il a reçu récemment du commissaire au lobbyisme une demande pour vérifier si la rencontre du 13 décembre avait fait l’objet d’une déclaration au registre des lobbyistes. « Je vais leur répondre que non », a-t-il dit en entrevue téléphonique.

Le porte-parole du commissaire au lobbyisme, Daniel Labonté, n’a pas voulu indiquer dans le cadre de quelle procédure sa demande a été faite. « Si elle est en lien avec des activités de la direction des vérifications et enquêtes, on ne la commente pas », dit-il.

« Entrées »

Selon M. Léonard, l’objectif de la rencontre était d’obtenir l’appui financier du gouvernement pour un projet numérique confidentiel.

L’homme d’affaires ne connaissait pas M. Laperrière. « [Il] semblait avoir des entrées pour que j’aie un rendez-vous rapidement. »

Selon M. Léonard, « un ancien du Parti libéral » lui a suggéré les services de M. Laperrière.

L’ex-député libéral André Drolet a confirmé à notre Bureau d’enquête qu’il avait fait cette référence. « Je savais que Luc Laperrière était quelqu’un de proche de M. Fitzgibbon. »

Dans une entrevue au Journal, M. Laperrière a confirmé qu’il connaît M. Fitzgibbon « depuis des années ». Le lobbyiste a affirmé qu’il a acheté le bloc d’actions que le ministre détenait dans Move Protéine. « C’était pour rendre service », a-t-il dit.

M. Fitzgibbon a vendu ses actions pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts avec le nouveau président-directeur général d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, un de ses amis, aussi actionnaire de Move Protéine.

« Des amis de longue date »

Le cabinet du ministre Fitzgibbon nous a confirmé avoir également reçu des questions du commissaire au lobbyisme concernant sa rencontre de décembre avec M. Laperrière et les représentants d’Alter&Go.

Selon le porte-parole Mathieu St-Amand, le ministre et M. Laperrière sont « des amis de longue date ». « M. Laperrière a eu le même accès au ministre que de nombreuses autres parties prenantes », dit l’attaché, qui a confirmé que le cabinet ne donnera « pas de suite au projet Alter&Go ».

Le registre des lobbyistes en bref :

-En échange d’une rémunération, pour le compte d’un client, d’une entreprise ou d’une organisation, les lobbyistes communiquent avec des titulaires de charges publiques (élus ou fonctionnaires) pour influencer leurs décisions.

-La Loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme les oblige à déclarer leurs activités dans un registre public.

-Les lobbyistes qui offrent leurs conseils à titre de consultants ont 30 jours pour les déclarer, à compter du moment où leurs activités ont commencé.

-Les représentants d’entreprise ou d’organisation qui effectuent eux-mêmes leurs représentations de lobbyisme ont quant à eux 60 jours pour le faire.

-Aucun lobbyiste-conseil ou lobbyiste d’entreprise ne peut exercer ses activités moyennant une rémunération conditionnelle à l’obtention d’un résultat.

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