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Le grand luxe dans un avion fait ici

Sylvain Larocque - Le Journal de Montréal

Les bien nantis de ce monde pourraient bientôt se balader dans une version de luxe de l’avion A220, développé par Bombardier sous le nom de C Series et rescapé par les contribuables québécois au coût de 1,3 milliard $ en 2016.

La firme Lufthansa Technik, filiale du transporteur national allemand, a profité de la tenue du salon de l’aviation d’affaires de Genève, cette semaine, pour dévoiler sa vision de l’A220 en jet privé.

« Même si l’A220 constitue le nouveau modèle d’entrée de gamme du portefeuille d’avions d’affaires d’Airbus [...], il offre de l’espace à profusion pour créer des intérieurs VIP à couper le souffle », a déclaré Wieland Timm, directeur principal des ventes pour les avions VIP et spécialisés chez Lufthansa Technik.

« Notre concept SkyRetreat fait un usage optimal de cette cabine spacieuse, et ses caractéristiques techniques procureront à nos clients une nouvelle sensation d’espace et une expérience de voyage unique », a ajouté M. Timm.

La version VIP de l’A220 imaginée par Lufthansa Technik comprend notamment des télés 4K rétractables et un « salon d’observation ».

Lufthansa Technik réalise déjà des intérieurs pour les versions VIP de certains avions d’Airbus, dont l’A320, l’A350 et l’A380.

Airbus reste prudente

Airbus a toutefois réagi froidement à la présentation de Lufthansa Technik.

« Il s’agit d’un concept à l’étude, mais, par contre, je confirme qu’il n’y a pas de version jet d’affaires de l’A220. Nous nous concentrons entièrement sur l’augmentation de la cadence de production de l’A220 en tant qu’avion commercial », a indiqué au Journal une porte-parole d’Airbus à Mirabel, Annabelle Duchesne.

Airbus, qui a pris le contrôle de l’A220 l’été dernier, a pourtant réservé la marque de commerce « ACJ220 » (Airbus Corporate Jet) au Canada, aux États-Unis et en Europe au cours des derniers mois. C’est de cette façon que le géant européen nomme les versions VIP de ses avions commerciaux (ACJ319neo, ACJ320neo, ACJ330neo et ACJ350 XWB).

L’an dernier, le chef des ventes de l’A220, David Dufrenois, avait reconnu qu’Airbus a « des projets d’avion VIP sur l’A220 ».

Comme l’A220 est plus petit et moins coûteux que les autres avions d’Airbus, « nous pourrions nous adresser à une clientèle beaucoup plus élargie et ainsi étoffer notre base client », avait confié M. Dufrenois au Journal de l’aviation.

Un ACJ220 pour Trudeau ?

Des observateurs croient qu’Ottawa devrait montrer l’exemple en commandant un A220 pour remplacer l’Airbus A310 (CC-150 Polaris) trentenaire qui transporte le premier ministre et la gouverneure générale.

Airbus a annoncé cette semaine une augmentation de la distance franchissable de l’A220-300 à près de 6500 kilomètres, mais cela reste bien loin des 9600 kilomètres du CC-150 Polaris.

Toutefois, si elle lançait l’ACJ220, Airbus accroîtrait le rayon d’action de l’A220 en agrandissant les réservoirs de carburant de l’appareil. L’avionneur a fait cette modification pour créer les ACJ existants.

Notons que même si la version VIP de l’A220 n’existe pas encore officiellement, l’exploitant émirien de jets d’affaires Falcon Aviation Services a commandé en 2014 deux avions CS300 (appelés aujourd’hui A220-300). L’un d’entre eux aurait déjà été construit, mais il n’a pas encore été livré.

En 2011, le patron de Bombardier Avions d’affaires, Steve Ridolfi, avait estimé qu’une version VIP de la C Series pourrait générer des ventes de 6 à 24 appareils par année.

Si l’ACJ220 voit le jour, il entrera indirectement en concurrence avec la gamme d’avions d’affaires Global de Bombardier.

Les appareils Global sont plus petits que l’A220, mais leur distance franchissable est plus grande (jusqu’à 14 000 kilomètres).

Le pilote Adam Twidell de la firme PrivateFly estime cependant envisageable de porter le rayon d’action de l’A220 à plus de 10 000 kilomètres.