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Un lanceur d'alerte québécois risque la prison à Dubaï

Étienne Paré | Agence QMI

Un homme d’affaires originaire du Saguenay risque de passer le reste de sa vie en prison à Dubaï s’il n’est pas rapatrié d’ici vendredi prochain. Désespérée, sa famille lance un cri d’alarme pour accentuer la pression sur le gouvernement fédéral.

«Ça fait plus de trois ans que le Canada est au courant du dossier, mais on a l’impression que rien ne bouge. On nous a dit que d’aller voir les médias pouvait nuire à notre cause, mais là, on n’a plus rien à perdre», a expliqué le fils d’André Gauthier, Alexis Gauthier, qui habite à Québec.

Puni pour un crime qu’il a dénoncé

Le calvaire d’André Gauthier, 65 ans, a débuté il y a quelques années quand il a accepté un prestigieux poste dans une compagnie d’exploitation d’or à Dubaï, laissant derrière lui son emploi à Vancouver et ses contrats en Amérique du Sud.

Actionnaire minoritaire de Gold AE, André Gauthier s’aperçoit rapidement que les comptes de l’entreprise ne balancent pas. Selon Radha Stirling, avocate britannique reconnue qui a pris en charge le dossier, le détournement s’élèverait à près de 30 millions $.

André Gauthier a dénoncé d’anciens collaborateurs auprès de l’entreprise, mais sa transparence se serait finalement retournée contre lui. Les fraudeurs auraient immédiatement fui les Émirats arabes unis. De l’étranger, ils auraient persuadé les autres actionnaires de l’entreprise qu’il valait mieux rejeter le blâme sur M. Gauthier, toujours selon les documents envoyés aux médias canadiens samedi par son avocate.

«C’était complètement absurde d’accuser mon père puisqu’il n’était même pas en poste à cette époque-là », a commenté Alexis Gauthier.

Selon lui, il n’y avait donc pas de preuves juridiques valables pour justifier l’emprisonnement de son père de décembre 2015 à avril 2017.

Procès et fuite

Après avoir été libéré une première fois, André Gauthier a subi un procès, qui s’est soldé par une condamnation de huit ans de prison. Il a finalement réussi à pousser sa cause en appel, mais sous promesse de ne pas quitter les Émirats arabes unis.

«Il n’avait aucune qualité de vie. Son passeport était suspendu, il n’avait plus le droit de travailler et il n’avait plus d’argent», se souvient Alexis Gauthier.

Son père décide alors de rejoindre le Sultanat d’Oman, un pays voisin, pour demander un nouveau passeport et pour revenir au Canada.

Là-bas, les choses ne se sont pas passées pas comme prévues. En mars dernier, il a été intercepté et est gardé depuis dans un centre de détention où il risque d’être extradé à tout moment vers Dubaï.

«S’il y retourne, il va faire face à des charges encore plus importantes. Il risque d’y passer le reste de ses jours. Il faut mettre tous nos efforts pour qu’il revienne au Canada», presse le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, qui a été contacté par la famille pour faire avancer leur cause.

Le temps presse

Selon le bureau du député et le fils de M. Gauthier, des discussions officielles auraient eu lieu la semaine dernière avec des diplomates d’Oman. Rien ne semble avoir bougé depuis, même si l’avocat omanais d’André Gauthier a clairement indiqué que les autorités du sultanat comptaient le renvoyer à Dubaï au plus tard d’ici la fin de la semaine.

«Jusqu’à présent, il n’a pas été maltraité, mais ça pourrait changer, surtout quand on connait la réputation des Émirats en matière de droits de l’homme», s’inquiète Alexis Gauthier, qui sent de plus en plus le désespoir envahir son père lorsqu’il lui parle au téléphone une fois par semaine.