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Un couple de Québécois lâche tout pour élever des grillons

Antoine Lacroix - Le Journal de Montréal

Un couple de trentenaires québécois a tout quitté pour s’installer au Panama afin de lancer une des plus grosses fermes d’élevage de grillons au monde, un produit de plus en plus recherché pour sa farine.

« Ça n’a pas été sur un coup de tête qu’on a décidé de partir, mais plus sur un coup de cœur, raconte avec entrain au bout du fil Julie Sirois. En octobre 2017, on a laissé nos boulots, on a vendu condo, roulotte et bateau. On s’est dit qu’on part à fond dans ce projet-là, qu’on se donne à 100 %. »

Elle et son conjoint, Conan Tremblay, qui habitaient sur la Rive-Sud de Mont­réal, ont alors décidé de mettre sur pied l’entreprise Cricket Market Farm.

Après avoir fait le tour du Panama, ils ont lancé leur production en serres d’élevage de grillons à l’automne 2018, disant être tombés en amour avec l’insecte et « ses bienfaits ».

« On a vu que c’était la protéine de l’avenir, que c’était un choix écoresponsable et environnemental. Pour la même quantité de bœuf, le grillon demande 2000 fois moins d’eau et 14 fois moins de nourriture », soutient Mme Sirois.

Le couple a bien hâte que la « barrière mentale » qui empêche les gens de consommer les grillons tombe et que cette protéine soit adoptée.

« Ç’a un petit goût de graine de tournesol, c’est vraiment bon quand on s’habitue », affirme l’éleveuse de grillons.

Pour la chaleur

Le choix de s’expatrier au Panama a surtout été motivé par la chaleur constante, la stabilité politique et la facilité d’y exporter des produits.

« Ne pas avoir besoin de faire chauffer un local, comme on aurait dû le faire au Québec, réduit de beaucoup les frais de production », explique Julie Sirois. Un système de ventilation dans les serres permet d’y maintenir la température idéale de 35 degrés Celsius.

Le couple a développé une technique d’élevage en bassins, où les grillons sont conservés dans des piscines avec de la nourriture, comme des papayes, des bananes, des mangues et des pastèques, et de l’eau à volonté pendant 48 jours, pour finalement être congelés.

« Ensuite, nous les lavons, blanchissons, rôtissons, moulinons, pour être finalement empaquetés pour livraison », précise-t-elle.

Huit tonnes par mois

Grâce à quatre serres, les Québécois réussissent à produire environ huit tonnes d’insectes par mois.

Récemment, Julie Sirois et Conan Tremblay ont trouvé des investisseurs afin de mieux développer leur projet.

« Nos plans sont de construire des serres supplémentaires chaque année afin de suivre la demande mondiale », avoue Mme Sirois.

Présentement, cinq personnes, dont les deux Québécois, travaillent à temps plein sur la ferme pour l’entretien.

De plus en plus de compagnies se tournent vers la farine de grillons pour leurs produits, qui peuvent notamment se trouver dans des smoothies, des barres protéinées et des gâteries pour animaux.

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