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Dur, dur de faire rire les Québécois

Sandra Godin - Le Journal de Montréal

ART-GALA JUSTE ENGAGÉ

Sébastien St-Jean / Agence QMI

Si les humoristes québécois peinent à percer en France, l’inverse est aussi vrai. Depuis quelques années, les stand-up comiques français sont quasi absents des scènes au Québec.

Seulement une poignée d’humoristes venus d’ailleurs peut se targuer d’avoir eu au fil des ans une certaine reconnaissance du public d’ici. Parmi eux, notons Frank Dubosc, Anne Roumanoff, Gad Elmaleh et Michel Boujenah, un des rares à pouvoir se permettre une tournée d’une quinzaine de dates à travers le Québec l’automne prochain.

Depuis quelques années, la nouvelle génération d’humoristes français peine à se faire connaître en sol québécois.

« Ma chance, c’est que j’ai commencé chez vous en 1999. Je suis devenu le cousin, c’est pour ça que je peux revenir. Forcément, le public s’est habitué à moi », étale Franck Dubosc, qui reviendra aussi, tout comme Boujenah, se produire au Québec en décembre prochain, avec son spectacle Fifty/Fifty.

« C’est difficile de réussir au Québec parce que vous êtes très forts, ajoute-t-il. Il y a de très bons humoristes. C’est très, très dur comme marché. Il ne faut pas venir en conquérant au Québec. Vous êtes trop armés. J’en ai tellement vu passer des Français qui arrivaient chez vous en croyant que c’est facile. »

Roman Frayssinet, un des humoristes français les plus en vue de sa génération de l’autre côté de l’Atlantique, a lui aussi, comme Dubosc, vu naître sa carrière au Québec. Il estime que le public d’ici a encore beaucoup de préjugés.

« Un des clichés, c’est que les humoristes français ne sont pas drôles, confie-t-il lors d’un entretien avec Le Journal de Montréal. Combien de fois j’ai été présenté au Québec en disant “il est Français, mais rassurez-vous, il est marrant”. Le public québécois a toujours été très ouvert à écouter mes blagues. Mais je sentais que les gens se disaient “ça se peut qu’il ne soit pas drôle” ».

S’installer ici

Âgé de 25 ans et diplômé de l’École nationale de l’humour, Roman Frayssinet est retourné vivre en France l’an passé. Il voulait que sa carrière rayonne dans « toute la francophonie ».

Tout comme les Québécois qui veulent aller faire rire les Français, les humoristes venus d’ailleurs doivent passer beaucoup de temps ici pour adapter leur matériel. Déménager au Québec pour conquérir un marché beaucoup plus petit que l’Europe n’est pas une idée tellement reluisante.

« Au Québec, j’avais l’impression que même en travaillant très fort, ç’avait des échos qu’au Québec. Depuis que je suis en France, ç’a un écho à la fois au Québec, mais au Maghreb, en Belgique, en Suisse. La meilleure manière d’aller toucher toute la francophonie, c’est d’être en France », estime Frayssinet.

« Là où je suis le meilleur, quand je joue au Québec, c’est quand j’ai la chance de passer du temps là-bas en amont », explique pour sa part Kev Adams qui, à 27 ans seulement, est une star de l’humour en France.

Une question de culture

Ce n’est que l’été dernier, après dix ans de carrière, que l’humoriste Kev Adams est venu donner des spectacles au Québec pour la première fois. Il sera de retour cet été pour animer un Gala ComediHa! à Québec, mais aussi pour donner quelques spectacles solos dans la province, dans l’espoir de faire grandir sa carrière ici.

Pour y arriver, il faut d’abord « comprendre la culture québécoise », dit-il. « C’est dans ces détails-là : les endroits où vous allez faire les courses, où vous sortez le dimanche, ce qui vous faire rire au quotidien, la manière de sortir entre amis... J’ai encore du travail à faire pour faire rire les Québécois. »

Les Français s’inspirent des Quénécois

Les humoristes français ne font qu’encenser leurs confrères québécois. Et s’ils tiennent, malgré les défis, à venir donner des spectacles ici, c’est en grande partie pour s’inspirer de ce qu’on fait en humour.

Une des preuves de l’intérêt de la francophonie envers l’humour québécois est que le quart de la cohorte actuelle à l’École nationale de l’humour (ENH) est composé d’étrangers, rapporte la directrice, Louise Richer. « On a eu des candidatures pour la session prochaine qui provenaient du Bénin, de tout le Maghreb, la Suisse, le Burundi, la Belgique, la France », indique-t-elle.

En mission

Louise Richer part d’ailleurs en Europe en juin pour tenter d’exporter le modèle unique de l’ENH dans la francophonie, en s’associant avec des écoles pour offrir de la formation professionnelle. « En ce moment, en humour, les yeux sont tournés vers le Québec », dit-elle.

« L’existence d’une école de l’humour, ça joue énormément sur le niveau des humoristes, explique Roman Frayssinet, diplômé de l’ENH. C’est un des très grands facteurs de la puissance humoristique du Québec. »

« Quand on fait de l’humour, il y a deux endroits pour moi où il faut aller : aux États-Unis et au Québec, exprime Kev Adams. Je mettrais même le Québec avant les États-Unis, parce que les humoristes y sont vraiment considérés comme de très, très grands artistes. »

Autre preuve de la qualité de l’humour au Québec : la directrice de la programmation du Théâtre Point Virgule à Paris, Antoinette Colin, confie au Journal qu’elle bâtit souvent sa programmation en fonction des festivals d’humour d’ici.

 

 

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