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Michel Cadotte condamné à deux ans moins un jour de prison

Éric Thibault | Journal de Montréal

C'est avec un air serein et résigné que Michel Cadotte a pris la direction de la prison, mardi après-midi, après sa condamnation à deux ans moins un jour de détention pour avoir tué par compassion sa conjointe atteinte de la maladie d'Alzheimer.

«Bonne chance pour la suite des choses, monsieur Cadotte», lui a dit la juge Hélène Di Salvo au palais de justice de Montréal après lui avoir imposé cette peine d'emprisonnement qui fera jurisprudence dans l'histoire judiciaire du pays.

Debout dans le box des accusés, l'homme de 57 ans qu'un jury a déclaré coupable de l'homicide involontaire de sa femme Jocelyne Lizotte au terme d'un procès hautement médiatisé, en février dernier, a poliment acquiescé d'un signe de la tête le souhait de la juge.

 

Il avait aussi encaissé sa peine calmement et sans broncher.

Une affaire «unique»

«C'est certainement la décision la plus difficile que j'ai eu à rendre», avait pris soin de mentionner la juge Di Salvo au sujet de cette affaire qu'elle a qualifiée de «tragique et pathétique».

Elle a aussi souhaité aux membres de la famille Lizotte qui étaient présents de pouvoir enfin entreprendre leur deuil maintenant que cette cause judiciaire sans précédent est terminée.

La juge a répété à plusieurs reprises que cette affaire est «unique», rappelant que les procureurs de la poursuite et de la défense n'ont pas réussi à trouver une seule cause semblable ou comparable dans la jurisprudence canadienne.

«J'en pouvais plus»

Michel Cadotte avait admis avoir étouffé sa conjointe avec un oreiller, le 20 février 2017, au CHSLD Émilie-Gamelin où elle vivait sans aucune autonomie depuis trois ans.

«J'en pouvais plus. Personne ne la fera plus jamais souffrir», avait dit cet ex-toxicomane aux policiers qui l'ont arrêté alors qu'il caressait la tête de la victime, a relaté la juge.

Jocelyne Lizotte n'avait que 49 ans quand elle a reçu l'impitoyable diagnostic de «démence précoce», avant que celui de la maladie d'Alzheimer se confirme en 2011.

Ayant vu sa propre mère emportée par cette cruelle maladie en 2005, Mme Lizotte avait dit préférer mourir plutôt que d'être placée comme elle.

Cadotte, qui fut son mari durant 19 ans et qui la considérait comme «l'unique amour de sa vie», s'est résigné à la faire hospitaliser en mars 2013, n'étant plus capable de s'occuper d'elle à lui seul.

«Elle était considérée comme un cas lourd» par le personnel de la santé, a rappelé la juge.

Mme Lizotte «devait être attachée 24 heures sur 24» parce qu'elle était «extrêmement agitée», ne reconnaissant plus personne et ne recevant plus de visite.

Michel Cadotte, qui s'est plaint des soins que sa conjointe recevait», continuait à venir lui donner son bain, à la raser, à lui faire sa manucure et à la changer de couche.

«Son geste doit être dénoncé»

Épuisé, dépressif et ne supportant plus de la voir dans cet état, Cadotte avait demandé si sa femme pouvait bénéficier de l'aide médicale à mourir, en février 2016. On a refusé parce qu'elle ne remplissait pas tous les critères prévus à cette nouvelle loi.

Il a commis l'irréparable un an plus tard.

«Cela ne fait pas de lui un héros. Même au nom de la compassion, ce geste doit être dénoncé. Aux yeux du droit, cela ne peut être excusé», a insisté la juge Di Salvo en parlant du crime de Cadotte comme d'un «quasi-meurtre».

En plus de se voir imposer une peine d'incarcération d'une durée de deux ans moins un jour dans une prison provinciale, Michel Cadotte devra effectuer 240 heures de travaux communautaires une fois qu'il sera libéré, en plus de respecter les conditions d'une probation de trois ans.

Déception pour la poursuite

Avant d'être escorté hors de la salle de cour par les constables spéciaux, Cadotte a souri à ses avocats, Elfriede Duclervil et Nicolas Welt, qui sont allés lui donner de longues accolades.

«Il a encaissé le coup comme nous», a ensuite commenté Me Welt.

La défense estimait que Cadotte, qui avait déjà passé cinq mois en détention préventive à la suite de son arrestation, aurait pu éviter une telle période d'incarcération supplémentaire.

«C'est difficile à digérer. C'est beaucoup plus que ce qu'on avait demandé à la juge», a réagi Me Duclervil.

La déception était toutefois être beaucoup plus vive pour les procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Ceux-ci avaient réclamé à la juge l'imposition d'une peine quatre fois plus longue, soit huit ans de pénitencier.

«Ce n'est évidemment pas ce que nous avions suggéré. Soyez assurés que nous ferons un examen rigoureux de cette décision. Je vous rappelle que la juge disait vouloir envoyer à la société un message clair» visant à dénoncer ce crime, a déclaré Me Geneviève Langlois, laissant entendre que la cause pourrait être portée devant la Cour d'appel.

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