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Les images d'un ours buvant de l'eau rouge sèment l'inquiétude

Annabelle Blais | Journal de Montréal

Des photos de cours d’eau rouges sèment l’inquiétude : la minière Tata Steel admet une problématique de déversements tant du côté du Québec, vers Schefferville, que du Labrador, mais prétend qu’il n’y a aucun risque ni pour la santé ni pour l’environnement.

Le ministère de l’Environnement du Québec a néanmoins transmis un dossier au Directeur des poursuites pénales et criminelles (DPCP) pour un déversement survenu au printemps 2018, a appris Le Journal.

 

En 2018 seulement, les Innus de la communauté voisine de Schefferville, Matimekush-Lac John, ont documenté 23 sites d’écoulement d’eau rouge dans des lacs et des rivières aux abords du projet d’extraction de minerai de fer de Tata Steel Minerals Canada (TSMC), situé à cheval entre les provinces du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador.

Avec la fonte des neiges, les Innus ont constaté, de nouveau, des déversements cette année. « L’entreprise ne se soucie pas de l’environnement », a déploré le chef Tshani Ambroise.

Le porte-parole de la minière, Armand MacKenzie, a d’abord nié les faits. « Ces allégations sont non fondées », a-t-il déclaré au Journal en matinée, lundi.

La source des déversements

 

La présence de particules de minerai de fer (hématite) confère une couleur rougeâtre à l’eau. Des photos prises par les Innus et un documentariste montrent des écoulements rouges sur plusieurs kilomètres jusque dans le lac Triangle.

Lorsque nous avons montré ces photos au porte-parole, il s’est ravisé. Mariana Trindade, gestionnaire des questions environnementales pour Tata, a alors expliqué qu’il y avait un bris au bassin 3 de sédimentation (Timmins 4), du côté du Labrador, et que les autorités avaient été avisées.

Pas la première fois

En mai et juin 2018, des fuites avaient été aperçues au bassin de sédimentation Goodwood, au Québec. Le gardien de l’environnement de la communauté de Matimekush, Conrad André, avait constaté des déversements dans plusieurs rivières et étangs, comme en témoigne une vidéo d’un ours s’abreuvant d’eau rougeâtre, qu’il dit avoir tournée en juin dernier dans les environs de Schefferville.

À plusieurs reprises, M. MacKenzie a insisté sur le fait que cette couleur rougeâtre ne signifie pas pour autant que ces eaux sont toxiques.

Le Journal a demandé les résultats des échantillons. Au moment de mettre sous presse, Tata ne nous avait pas fait parvenir ces informations.

Dossier remis au DPCP

Le ministère de l’Environnement du Québec avait été averti du déversement de mai et juin 2018 et s’était déplacé pour constater les dégâts. Une inspection a aussi été réalisée le 4 octobre 2018 pour s’assurer que les corrections avaient été apportées au bassin.

Le porte-parole du ministère, Frédéric Fournier, a aussi confirmé que le dossier avait été confié au DPCP. Des accusations pourraient éventuellement être portées en lien avec des infractions à la Loi sur la qualité de l’environnement. Si elle est accusée et trouvée coupable, l’entreprise pourrait alors devoir payer une amende.

Environnement Canada a aussi reçu plusieurs plaintes. D’ailleurs, des inspecteurs du fédéral et du Québec sont attendus cette semaine, dans le cadre de vérifications annuelles.

— Avec la collaboration de Charles Lecavalier et Philippe Langlois

Le projet en bref

Tata Steel Minerals Canada (TSMC) a été fondé en 2010 pour l’extraction de minerai de fer (d’hématite) qui a commencé à partir de 2013. Certains gisements sont situés au Labrador, d’autres au Québec. À terme, l’entreprise prévoit une production annuelle de six millions de tonnes de minerai de fer.

Tata Steel Minerals Canada (TSMC) est détenu en majorité par le géant de l’acier de l’Inde Tata Steel. L’entreprise canadienne New Millennium Iron est également partenaire.

En 2016, le gouvernement du Québec a investi 125 millions $, en plus d’accorder un prêt de 50 millions $. Le gouvernement, par l’intermédiaire de Ressources Québec, est alors devenu partenaire à 18 % dans l’entreprise.

TSMC emploie quelque 700 travailleurs, dont plus d’une centaine d’autochtones.

En juillet 2018, des Innus avaient forcé l’arrêt des activités pendant quelques jours en érigeant une barricade qui bloquait ainsi l’accès aux installations. Ils dénonçaient les manquements environnementaux et exigeaient le paiement de redevances.

TSMC consacre entre 5 et 10 millions $ à sa gestion environnementale, selon Mariana Trindade, gestionnaire des questions environnementales pour Tata.