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Une quincaillerie ferme après 118 ans

Amélie St-Yves | Journal de Montréal

Roger Lafrance, à côté d’une balance achetée par son grand-père en 1902 pour 80 $.

Amélie St-Yves

Roger Lafrance, à côté d’une balance achetée par son grand-père en 1902 pour 80 $.

Les résidents d’un village de la Mauricie ressentent un gros pincement au cœur devant la fermeture de la quincaillerie de la place, qui était en service depuis 118 ans.

​La quincaillerie Lafrance, construite à Sainte-Thècle en 1901, est plus vieille que l’église de ce village situé à une heure au nord de Trois-Rivières. D’abord un magasin général où les aînés de la place allaient fumer la pipe, elle est devenue une quincaillerie dans les années 1950. Trois générations de Lafrance y ont servi les clients des municipalités environnantes.

« Les gens comprennent. Ils me disent que depuis le temps que je suis là, il est temps que je prenne ma retraite », laisse tomber le propriétaire, Roger Lafrance, 74 ans. Il liquide la quincaillerie avec un pincement au cœur, faute de relève, mais il est serein.

De père en fils

Ce magasin a été fondé par son grand-père Lucien Lafrance, puis repris par son père Laurent. Roger Lafrance a commencé à y donner un coup de main, enfant, dès qu’il était en âge de passer une guenille sur les tablettes.

Il se souvient entre autres avoir travaillé une nuit de Noël, dans les années 1970. Il faisait si froid que les pompes gelaient et les agriculteurs n’avaient plus d’eau pour les animaux.

« Ça me faisait plaisir de le faire. J’ai été élevé comme ça : mon père n’a jamais refusé personne », affirme-t-il, fier.

Roger Lafrance sera ouvert aujourd’hui, puis deux autres fins de semaine, en juin. Et après ? Ce sera la retraite officielle.

Un vide

La fermeture de la quincaillerie Lafrance laissera un vide sur la rue Saint-Jacques, selon les résidents rencontrés durant les derniers jours d’ouverture. Ce n’est pas une question de trouver le matériel puisqu’il y a une autre quincaillerie dans la municipalité de 2400 habitants. Leur rapport à la vieille entreprise familiale est d’abord émotif.

« C’est de valeur que ça ferme, on va perdre un joyau », dit Gilles Morasse, un habitué de Lac-aux-Sables.

« Quand on va passer et voir que c’est fermé, ça va faire un petit pincement. Mais c’est l’évolution, on n’a pas le choix », indique pour sa part Cyrill Frenette, de Notre-Dame-de-Montauban.

Les gens étaient particulièrement à l’aise d’y mettre les pieds, selon le maire suppléant de Sainte-Thècle, Jean-François Couture.

« Les gens s’imaginent que comme ç’a toujours été là, ça va toujours y être, mais ce n’est pas toujours comme cela que ça se passe », dit-il, soulignant que c’est une page d’histoire qui se tourne.