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Des chiffres sur la détresse dans les CHSLD

Héloïse Archambault - Le Journal de Montréal

Des préposés aux bénéficiaires pressés, surchargés et même menacés dénoncent un climat de travail tellement épuisant que la moitié d’entre eux songe à quitter son emploi, révèle un sondage.

« On court tout le temps, c’est épuisant », avoue Carolyne Hardy, préposée aux bénéficiaires (PAB) dans un Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) de Montréal.

« Des fois, on a deux ou trois sonneries en même temps. Je ne sais pas où me garrocher », ajoute la femme de 17 ans d’expérience.

Prioriser les urgences

Depuis février, plus de 8500 PAB travaillant dans le réseau public partout au Québec ont répondu à un sondage inédit sur leurs conditions de travail, à la demande de la Fédération des soins et services sociaux (FSSS-CSN). Obtenus en exclusivité par Le Journal, les résultats sont présentés aujourd’hui dans le cadre d’un forum.

Détresse psychologique

Un constat est clair : une vaste majorité de préposés (94 %) disent être constamment pressés par le temps, qui ne leur permet pas d’accomplir toutes leurs tâches.

Et 74 % d’entre eux allèguent avoir un niveau élevé de détresse psychologique.

« Il n’y a plus de côté humain, confie Mme Hardy. Une personne pleure, mais je n’ai pas le temps de l’écouter, sinon je mets toute l’organisation dans le pétrin. »

D’ailleurs, des proches des résidents mécontents des soins n’hésitent pas à se faire entendre.

« La famille nous crie après, ils sont désabusés. Ils ne comprennent pas qu’on n’arrive pas à répondre aux cloches », dit-elle.

Selon 95 % des PAB interrogés, leurs tâches se sont alourdies, entre autres en raison du manque de personnel et de l’alourdissement de la clientèle, depuis la réforme Barrette.

Autre fait inquiétant : la moitié des préposés ont pensé quitter leur emploi.

Selon la FSSS, ce vaste sondage montre à quel point la situation est critique pour les PAB, qui gagnent en moyenne 21 $ l’heure dans le réseau public.

« J’ose espérer [...] qu’il y aura de l’action. Le monde ne toughera pas encore 10 ans avec ces conditions-là », déplore Jeff Begley, président de la FSSS-CSN.

De l’espoir ?

Mère monoparentale de 38 ans, Mme Hardy a déjà songé à quitter le domaine.

« Il me reste 17 ans à faire, je ne sais pas si je vais pouvoir, avoue-t-elle. Mme Blais [ministre responsable des Aînés] a dit qu’elle voulait gratifier notre emploi. J’espère que ça va se réaliser, c’est ce qui nous tient debout. »

Le sondage en chiffres

-16 % réussissent à donner un bain par semaine

-7 % ont le temps d’accomplir toutes leurs tâches dans le temps alloué

-29 % ont été menacé de sanctions disciplinaires en cas de refus de faire du temps supplémentaire obligatoire

-30 % des employés pleurent avant ou après la journée de travail

-97 % ont été exposés à une forme de violence

Méthodologie du sondage

-8511 préposés aux bénéficiaires du réseau public ont répondu au sondage en ligne de 109 questions, mené du 15 février au 5 mai. Ce chiffre représente 20 % de l’effectif du secteur public au Québec. La moitié (54 %) travaille en CHSLD.

Témoignages des préposés aux bénéficiaires tirés du sondage

À bout de souffle

« L’humanisme a vraiment pris l’bord pour la plupart des employés, et ce, dû à la surcharge et au manque d’employés...Dommage qu’une société dite “civilisée” soit rendue là. »

« Nous sommes à bout de souffle... et plusieurs pensent à quitter le bateau. Le domaine de la santé était attrayant, plus maintenant. »

Le bain, un car wash

« Mais, ce n’est pas un soin de bain, c’est un car wash. Pour arriver à donner sept bains par jour, on doit se dépêcher, le résident ne peut relaxer dans l’eau. »

« Au bain, il faut sortir le plus vite possible pour le prochain bain, donc on ne sèche plus les cheveux et la coupe des ongles fait maintenant partie d’une activité l’après-midi. »

« Le deuxième bain par semaine. Irréaliste. Manque de personnel. »

Couches trop chères

« C’est très long et dur d’avoir des culottes plus absorbantes pour les résidents en ayant besoin. Souvent on nous reproche d’en utiliser. »

« Nous avons des quotas à suivre. »

« Parfois, nous devons utiliser une taille plus petite, car les plus grandes tailles sont restreintes en raison de leur prix... Donc certains résidents ne sont pas confortables... Aussi, les protections de nuit sont sous clé, car celles-ci sont également trop chères. »

« Les culottes plus absorbantes sont comptées et serrées dans un endroit fermé. »

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