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La CNESST accusée de faire la sourde oreille aux acouphènes

Étienne Paré | Agence QMI

JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

Les personnes qui ont travaillé dans un milieu bruyant sont 10 fois plus nombreuses à souffrir d’un problème important d’acouphènes par rapport au reste de la population, selon l’Institut national de santé publique. Pourtant, elles ont beaucoup de difficulté à être dédommagées.

«La CNESST ne voulait rien savoir de me reconnaître. On disait que je n’avais pas été exposé au bruit parce que j’étais électricien. En réalité, j’entendais tous les autres travailleurs à côté de moi avec leurs perceuses», a confié Jacques Létourneau, qui dit entendre des sons stridents en permanence depuis environ 15 ans.

De plus en plus, il devient difficile pour lui de suivre une conversation au restaurant ou encore d’écouter la télévision. Certains bruits lui sont même complètement inaudibles parce qu’ils se confondent avec ses acouphènes, des bruits dits «parasites», stridents ou autres, qui n’existent pas réellement.

En 2017, trois ans après avoir pris sa retraite, Jacques Létourneau a donc décidé d’engager une procédure devant le Tribunal administratif du travail pour forcer la CNESST, autrefois la CSST, à payer.

«Ça a duré deux ans. Leurs avocats ont tout fait pour allonger la procédure. Je n’aurais jamais eu les moyens de continuer si je n’avais pas été défendu par les avocats de la FTQ», a raconté le retraité d’Acton Vale, qui a finalement obtenu gain de cause en avril dernier.

Il s’attend maintenant à recevoir une compensation qui puisse au moins couvrir le prix de ses appareils auditifs.

Tous n'ont pas cette chance

Michel, à qui l’on a diagnostiqué un sévère problème d’acouphènes après avoir travaillé dans un centre d’appel, a essuyé deux refus face aux organismes gouvernementaux.

«J’ai tout perdu. J’ai dû vendre ma maison pour retourner vivre dans le sous-sol chez ma mère», a énuméré Michel, qui ne veut pas être identifié par son nom de famille pour ne pas avoir de trouble avec son nouvel employeur.

Depuis quelques années, il réussit de nouveau à occuper un emploi, mais n’arrive toujours pas à travailler plus de deux heures par jour, parce que, au-delà de ça, ses acouphènes deviennent trop incommodants.

Problème important

Comme le révélait «Le Journal de Montréal» la semaine dernière, 37 % des adultes canadiens ont eu des acouphènes dans l’année qui a précédé le questionnaire de Statistique Canada. De ce nombre, 7 % souffraient d’acouphènes sévères, comme Michel. Plus inquiétant encore: 46 % des jeunes disaient entendre des acouphènes de temps à autre, une statistique qu’on explique en partie par l’écoute de musique trop forte.

«Que ce soit à cause de la musique ou du travail, la cause des acouphènes est très difficile à prouver. C’est pourquoi la CNESST est aussi récalcitrante à reconnaître le problème», croit Sylvie Hébert, professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie.

La FTQ-Construction a quand même mis en place un comité qui milite pour une plus grande reconnaissance des problèmes d’audition engendrés par le travail.

«Depuis les années 2000, le nombre de réclamations a explosé. La CNESST n’a donc pas intérêt à reconnaître les problèmes d’audition», est plutôt d’avis Simon Lévesque, responsable de la santé et sécurité du travail à la FTQ-Construction.

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