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Trudeau s’engage à donner suite au rapport

Émilie Bergeron | Agence QMI

Le premier ministre Justin Trudeau a assuré lundi qu’il mettra en œuvre des mesures concrètes pour répondre au rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, mais s’est toutefois gardé, en accueillant ses conclusions, de qualifier l’ensemble des violences commises envers les Premières Nations de «génocide».

«Le travail des commissaires, les histoires qu’ils ont recueillies et les appels à la justice qu’ils ont mis de l’avant ne seront pas placés sur une tablette pour ramasser la poussière», a lancé M. Trudeau aux membres de Premières Nations qui étaient réunis, à Gatineau, pour la cérémonie de clôture de l’enquête nationale.

Le premier ministre fédéral s’est engagé à mettre sur pied un plan d’action national pour éliminer les violences contre les femmes et filles autochtones tel que demandé dans le rapport final de 1200 pages de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA). En recevant le rapport, il n’a toutefois pas employé l’expression «génocide canadien» comme le font les commissaires pour qualifier les violences vécues par les Autochtones, mais a plutôt parlé d’actes «inacceptables» et «honteux».

La commissaire québécoise Michèle Audette s’est avouée déçue en ajoutant que «les mots sont importants».

«J’espérais qu’il aurait ce courage de mettre ce nouveau chapitre que nous demandons tous, mais ce n’est pas fini», a-t-elle dit.

En soirée, lundi, M. Trudeau a toutefois prononcé le mot «génocide» dans une autre allocution.

«Ce matin, l’enquête nationale a formellement présenté son rapport final dans lequel les commissaires ont trouvé que les tragédies et violences auxquelles ont fait face les femmes et filles autochtones équivalent à un génocide», a-t-il dit à Vancouver dans le cadre de la conférence Women Deliver 2019.

M. Trudeau a promis d’inclure les communautés autochtones et plus particulièrement les survivants de violences et leurs familles dans les démarches de son gouvernement «pour déterminer les prochaines étapes».

Des mots durs envers le Québec

En plus de dénoncer un «génocide canadien» contre les Autochtones partout au pays, l’ENFFADA conclut que l’État québécois échoue à protéger les membres des Premières Nations.

«Les cas les plus évidents d’atteintes au droit à l’égalité ont lieu lorsque des agentes ou agents de l’État font preuve de comportements racistes ou sexistes, de mépris, de négligence et de fautes dans l’exercice de leurs fonctions à l’égard des femmes, des filles et des personnes [LGBTQ2] autochtones», écrivent les commissaires dans une section complémentaire à leur rapport final portant sur le Québec.

Dans une série de 21 recommandations ou «appels à la justice» adressés au Québec, l’ENFFADA réclame notamment le lancement d’une commission d’enquête et la mise sur pied d’une cellule de crise par le ministère de la Sécurité publique.

La ministre québécoise responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, s’est contentée de dire que le gouvernement Legault allait examiner le rapport.

«Aujourd’hui je suis avec les familles et je sympathise beaucoup avec elles», a-t-elle dit.

L’ENFFADA demande aussi à Québec d’instaurer une entité civile indépendante qui agirait à titre de protecteur des citoyens autochtones. Cette organisation recevrait des plaintes et aurait le pouvoir «d’enquêter et de rendre compte de la qualité des services publics rendus aux membres des communautés autochtones».

Un «génocide canadien»

Après avoir recueilli les témoignages de plus de 2300 personnes partout au Canada, l’enquête conclut à la présence d’un «génocide canadien» qui se perpétue par manque de volonté politique d’y remédier et en raison d'une indifférence au sein de la population canadienne.

Les auteurs du rapport ne sont pas parvenus à chiffrer combien de femmes et de filles autochtones sont disparues ou ont été assassinées, mentionnant que des milliers de cas n’ont pas été signalés.

La commissaire en chef, Marion Buller, a affirmé que son équipe n’a pu exposer que «la pointe de l’iceberg» avec le temps qui lui a été alloué pour mener ses travaux.

L’ENFFADA avait demandé à Ottawa deux ans supplémentaires pour mener à bien son mandat, entamé en septembre 2016. Le fédéral lui a finalement accordé six mois de plus.

Parmi les 231 recommandations des commissaires figure celle de créer un poste d’ombudsman national des droits des Autochtones et des droits de la personne ainsi qu'un tribunal.

On exige aussi que les langues autochtones soient reconnues comme étant officielles, au même titre que le français et l’anglais. On souhaite ainsi qu’elles profitent des mêmes protections.

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