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Le révérend Labrie simule une consultation en pleine salle d’audience

Jean-François Desbiens | TVA Nouvelles

Le révérend Jean-François Labrie a témoigné lundi, au palais de justice de Sherbrooke, dans le cadre de son procès pour pratique illégale de la médecine.

Son procès amorcé en octobre 2017 était ajourné depuis 18 mois puisque l'accusé avait demandé un arrêt des procédures sous prétexte que son secret sacramentel l'empêchait de révéler la nature des échanges qu'il a eus avec les plaignants dans son cabinet de consultation.

Débouté en Cour d'appel, la Cour suprême ayant refusé d'entendre le dossier sur le fond, le procès doit donc se poursuivre.

Le révérend de 41 ans de l'Église spirituelle Inter-Foi de North Hatley dit pratiquer l'imposition des mains, un rituel biblique, depuis une vingtaine d'années. Cette méthode de guérison spirituelle est enseignée dans des cégeps et universités.

«Cette technique s’enseigne à l’Université de Sherbrooke et au Cégep de Thetford Mines. Les soins spirituels particulièrement lors de soins palliatifs, c’est quelque chose qui existe. On ne peut l'ignorer. C’est pour cela qu’il a porté assistance aux trois personnes qui font l'objet des plaintes dans ce dossier»,mentionne l'avocat en défense, Robert Brunet.

Jean-François Labrie a même procédé à une démonstration devant le juge Erick Vanchestein.

Un de ses fidèles s'est allongé sur une table pliante en pleine salle d'audience. L'accusé a expliqué et démontré les manipulations qu'il effectue quand une personne le consulte. Une fois que la personne lui fait part de son problème, le ministre du culte lui impose une main au bas du dos en priant pendant quelques minutes.

Par la suite, il utilise une boule de coton qu'il imbibe d'eau bénite, d'huile sainte et parfois de terre de Jérusalem.

Jean-François Labrie fait de nombreux signes de croix sur l'abdomen de la personne, sa tête et aussi sa gorge en certaines occasions. Entre chacun de ses mouvements, il essore le coton au-dessus d'une poubelle avant de recommencer.

«C'est un geste que l'on peut appeler "Rédemption de l'âme". Ces gestes ont pour seul et unique but de purifier l'âme et apporter un apaisement spirituel. Ça irait à l'encontre de ce qu'on m'a enseigné de promettre la guérison physique» a insisté le révérend de 41 ans.

Ce dernier nie avoir déjà guéri un médecin d'un cancer de la gorge ou encore avoir prétendu être un guérisseur, capable d'opérer une personne à l'aide de ses mains uniquement.

L'une des plaintes au dossier concerne Annie Gélinas, décédée en 2017 d'un cancer du côlon et du foie. C'est son conjoint et sa mère qui avaient dénoncé le pasteur après le décès de la femme de 47 ans.

Cette dernière avait consulté le révérend Labrie à plusieurs reprises et avait même écrit sur sa page Facebook avoir espoir de guérir parce qu'il lui avait retiré les masses cancéreuses avec ses manipulations.

L'accusé croit qu'elle a sûrement mal interprété les gestes qu'il a posés à son endroit. Il a renchéri en disant qu'il avait demandé à la femme de ne plus revenir le consulter, expliquant que ce qu'elle recherchait, dépassait le confort spirituel de fin de vie qu'il avait à lui offrir.

Le procès se poursuivra demain alors qu'une anthropologue experte dans les techniques de guérison spirituelle doit témoigner.

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