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Au-delà du génocide...

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Coup d’éclat inutile, dérapage militant, diagnostic inconfortable, mais nécessaire, l’usage du mot génocide pour décrire le sort réservé aux femmes autochtones au pays n’a pas fini de faire couler de l’encre.

C’était le but. Forcer un débat, donner surtout les moyens juridiques aux différentes communautés autochtones d’entamer des recours contre le gouvernement fédéral.

La controverse ne devrait pas pour autant occulter les vrais enjeux soulevés par le rapport de la Commission d’enquête nationale sur les filles et les femmes autochtones assassinées et disparues.

Ce rapport c’est l’histoire de Jenny agressée sexuellement dès l’âge de six ans dans sa famille d’accueil avec un tournevis, puis violée par un policier. C’est le cycle de violence infernale dans les communautés qui a mené à l’agression de son propre fils, par le fils de sa gardienne.

C’est aussi l’histoire du meurtre d’Adèle, camouflé parce qu’une des jeunes filles qui l’aurait battue à mort était l’amie de la conjointe du chef de police.

C’est aussi le suicide de Jacqueline après que son père ait écopé d’à peine deux ans de prison pour l’avoir agressée sexuellement elle et sa sœur Tessa.

C’est la violence conjugale ignorée des policiers, les enquêtes bâclées, les travailleurs sociaux insensibles à la réalité autochtone, le manque de maisons d’hébergement.

C’est l’histoire de Lauréanna et tant d’autres enfants de Manawan, qui ont littéralement disparu lors de leur hospitalisation à la ville. Sont-ils vraiment morts des suites de leur maladie ou ont-ils été donnés en adoption en douce? Dans bien des cas, on l’ignore toujours.

 

Disparitions, meurtres, viols. Des femmes, des jeunes filles, des enfants que notre société a le devoir de protéger et qui ont toutes été abandonnées d’une façon ou d’une autre.

Aucune d’entre elles n’a eu droit au cri du cœur collectif entourant la mort de l’enfant martyre de Granby. Et pourquoi pas?

Jenny, Adèle, Jacqueline, Lauréanna et les milliers d’autres aussi vivaient dans des familles fragilisées soit par l’alcool, la violence, la pauvreté. Elles aussi avaient droit à des services sociaux adéquats, des policiers respectueux et professionnels, un système judiciaire adapté à leur réalité.

Or, Jenny, Adèle, Jacqueline, Lauréanna et leurs sœurs d’esprit sont des femmes et des filles autochtones, victimes de notre indifférence collective.

Malgré toutes ses imperfections, si le rapport de l’Enquête nationale nous force enfin à confronter cette injustice, il aura accompli un pas important.

Les mécanismes, le financement, les réformes à mettre en œuvre pour garantir enfin la sécurité et l’épanouissement des femmes autochtones feront certainement l’objet de nombreux débats et déchirements. Les problèmes sont complexes, les solutions épineuses.

Mais on peut au moins s’entendre sur une chose: cette violence est intolérable.

Il est trop facile d’affirmer que le débat sur le génocide, les 231 recommandations du rapport le mettent à risque d’être marginalisé. Les 1200 pages du rapport jettent la lumière sur une réalité pourtant connue, que nous n’avons plus le luxe d’ignorer.

Jenny, Tessa, Gilberte, Lise, Adrienne, Viviane, Alma, Edmond, Jeanne d’Arc, Jérôme, Mary, Charles, Simone et tant d’autres ont osé briser le silence. C’est à nous de répondre à leur appel.