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Mort d’un coup de chaleur : il aurait dû avoir plus de pauses

TVA Nouvelles

Un charpentier-menuisier de la région de Québec mort d’un coup de chaleur après sa journée de travail sur un chantier de construction aurait dû avoir droit à plus de pauses et boire plus d'eau, révèle l’enquête de la CNESST sur cet accident de travail.

Guy Bolduc, charpentier-menuisier pour Coffrages MR inc., travaillait le 5 juillet dernier 2018 à la préparation du coffrage de murs dans une excavation.

Il a perdu la vie alors qu’il retournait à la maison après une journée écourtée. Jamais il n’a présenté de signe de coup de chaleur alors qu’il était à l’ouvrage.

Le jour sa mort, le 5 juillet 2018, était une 4e journée consécutive de canicule sur la région.

Résumé de la journée

M. Bolduc, qui effectue du covoiturage avec un collègue arrive sur le chantier tôt le matin, vers 5h45.

Il fait déjà chaud, soit 21,4 degrés Celsius, avec un taux d’humidité de 89%.

Les travailleurs laissent le moteur de leur véhicule rouler afin de profiter du climatiseur avant de se mettre à l’ouvrage.

À 9h, les collègues prennent une pause dans le véhicule pour se rafraichir. À ce moment la température à l’extérieur se situe à 26,5 degrés Celsius, l’humidité est à 71%.

Ils restent 15 minutes dans le véhicule.

«Il fait trop chaud»

À 11h45, les travailleurs prennent 30 minutes pour dîner. L’un des hommes trouve qu’il fait trop chaud et le mentionne à ses collègues. Ils pensent quitter le chantier immédiatement tellement il fait chaud.

Guy Bolduc croit qu’il faudrait au moins terminer la section d’ouvrage commencée. À ce moment, il ne présente aucun signe de coup de chaleur.

Les collègues décident de quitter le chantier vers 13h45 pour retourner à la maison, en covoiturage, comme ils le font habituellement.

À la fin de leur journée, à 14h, la température atteignait 31,8 °C, avec un taux d’humidité relative de 51%.

Ils s’arrêtent faire le plein d’essence sur l’avenue Chauveau avant de reprendre la route.

Le charpentier-menuisier commence à tenir des propos incohérents alors qu’ils quittent la station-service.

Confusion

À proximité de l’embranchement entre l’autoroute Charest (40) et l’autoroute Duplessis (540), à 8 km du chantier, les signes de confusions de Guy Bolduc deviennent plus graves. Il présente également des malaises physiques.

Son collègue contacte l’employeur pour l’avertir de la gravité de la situation. Son patron lui demande de contacter les services d’urgence sur-le-champ.

Le charpentier est transporté à l’hôpital où son décès sera constaté.

Pauses insuffisantes

Selon le rapport de la CNESST dévoilé mardi, l’employeur aurait dû mettre en place un régime d’alternance travail-repos en raison de la canicule, ce qui n’a pas été fait.

Guy Bolduc et ses collègues auraient dû prendre des pauses à chaque heure de travail; au moins 7 minutes de pause à 6h, temps de repos qui augmente jusqu’à 23 minutes à 14h.

S’ils n’avaient pas eu accès à un endroit climatisé, le temps de pause aurait été beaucoup plus long soit : 45 minutes par heure de travail, en raison de la nature et de la charge de travail, qui était lourde.

«La CNESST a retenu que la charge de travail du charpentier (lourde), son exposition prolongée à un environnement thermique élevé (du 3 au 5 juillet 2018)  ont suffi à provoquer un coup de chaleur», a indiqué l’organisation dans son rapport.

«La gestion de l'exposition des travailleurs aux contraintes thermiques était déficiente, amenant le travailleur à dépasser les valeurs limites admissibles d'exposition pour le travail effectué.»

À la suite de la mort du charpentier, la CNESST a l’intention de revoir sa stratégie de communication et de sensibilisation auprès des employeurs et des travailleurs par rapport à la chaleur.

Effet cumulatif

Selon Pierre C. Dessureault, expert en contrainte thermique de la CNESST, la seule journée du 5 juillet 2018 n’explique pas le coup de chaleur subi par le travailleur, alors qu’une canicule sévissait depuis quatre jours. «C’est l’effet cumulatif lors de cette journée qui explique le coup de chaleur», précise-t-il.

L’expert ajoute que le travail jugé «lourd» du travailleur, jumelé à la température, a occasionné une déshydratation du travailleur estimée à 6,3 litres d’eau par quart de travail.  «Si on ne boit qu’à la sensation de soif, on peut réabsorber seulement près de 60% de l’eau dont nous avons besoin», explique-t-il.

Le rapport précise également que le travailleur aurait dû boire un verre d’eau, représentant 250 ml, toutes les 15 minutes, ou réduire sa charge de travail.

La CNESST précise que 24 travailleurs font des plaintes ou des demandes d’indemnisation chaque année, à la suite de malaises subis par la chaleur.

Symptômes et signes d’un coup de chaleur

-Étourdissements

-Vertiges

-Fatigue inhabituelle

Symptômes qui demandent une attention médicale immédiate

-propos incohérents

-Perte d’équilibre

-Perte de conscience