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Accident de travail: un Saguenéen obtient gain de cause contre son employeur

Kate Tremblay | TVA Nouvelles 

Un Saguenéen de 58 ans qui s'est battu pendant trois ans pour conserver sa dignité vient d'obtenir gain de cause contre son employeur qui refusait de l'indemniser à la suite d'un accident de travail survenu en juillet 2016.

Christian Hudon travaillait comme commis au Canadian Tire de l'arrondissement de Jonquière lorsqu'il a perdu l'équilibre alors qu'il se trouvait sur un escabeau et qu'il tentait de placer une glacière sur une étagère. Il a immédiatement avisé son supérieur.

«Je lui ai dit qu'il faillait que j'aille à l'hôpital et il m'a répondu que je devais finir mon quart de travail, a raconté M. Hudon. J'ai dit: «ben voyons donc, je ne suis même pas capable de marcher tellement j'ai mal au dos». Il m'a dit: "lève-toi et tu vas voir ça va passer".»

Mais sa douleur au dos ne s'est jamais estompée et on lui a par la suite diagnostiqué une entorse lombaire.

Son employeur a refusé de le croire malgré les conclusions des médecins.

«Il contestait tout, je me suis dit, je ne m'en sortirai pas», a précisé M. Hudon.

Découragé, le travailleur a fait appel aux services de l'avocat Marc Bellemare, qui critique sévèrement l'attitude de l'employeur.

«Il est venu dire que mon client manipulait juste des petites boîtes de cinq à dix livres, a-t-il expliqué. Mais monter des vélos, des tondeuses, des ventilateurs... ce sont des poids qui allaient jusqu'à 150 livres. C'est ridicule et il n'a pas été cru. Pour sauver des frais de CSST [CNESST], les employeurs vont venir dire n'importe quoi. Je trouve ça dégueulasse.

Et ça, c'est à Jonquière, mais j'ai des dossiers que j'ai réglés à Québec, à Sherbrooke et ailleurs dans la province qui concerne Canadian Tire, et je peux vous dire que c'est la même consigne tout le temps, ils contestent tout.»

Dans son jugement, le Tribunal administratif du travail rejette l'ensemble des contestations de l'employeur, confirme que M. Hudon conserve des séquelles, qu'il n'est plus en mesure d'exercer son emploi et qu'il a droit à une indemnité de remplacement de revenu.

Le médecin retenu par l'employeur pour évaluer le travailleur aurait tenté de le discréditer devant le tribunal en prétendant qu'il exagérait sa douleur.

«On a là un médecin orthopédiste qualifié au Québec qui vient dire à un juge que le comportement de mon client est théâtral parce qu'en position couchée, le mal de dos disparaît. C'est complètement ridicule et le juge lui a rappelé dans son jugement que l'examen d'un mal de dos doit se fait en position debout. Les travailleurs du Québec doivent savoir aujourd'hui, ceux qui ont mal dans le dos, qu'un examen en position couchée ça ne vaut rien!» a dit Me Bellemare.

Cette victoire n'effacera jamais la douleur de l'homme de 58 ans, mais elle lui assure au moins une sécurité financière pour l'avenir.

«On dit des fois que ça coûte cher de se défendre, mais pour avoir un peu de confort et de dignité, ce n’est pas cher», a soutenu Christian Hudon, qui espère convaincre d'autres travailleurs lésés de ne pas abandonner et de faire valoir leurs droits.