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CRJ de Bombardier: vives inquiétudes chez les travailleurs

Sylvain Larocque | Journal de Montréal

Courtoisie/Bombardier

Bombardier s’apprête à compléter son retrait de l’aviation commerciale en vendant ses jets régionaux CRJ, qui lui avaient permis de percer ce marché exclusif et de devenir le troisième avionneur du monde.

La multinationale québécoise a confirmé hier être en pourparlers avec le conglomérat japonais Mitsubishi Heavy Industries. Selon le site spécialisé The Air Current, la transaction pourrait être annoncée pendant le salon aéronautique du Bourget, en France, qui s’ouvre le 17 juin.

« Rien ne garantit que de telles discussions aboutiront finalement à un accord », a prévenu Bombardier dans un communiqué.

Vives inquiétudes

Quoi qu’il en soit, la situation préoccupe au plus haut point les quelque 750 employés qui travaillent à l’usine du CRJ, à Mirabel.

« C’est sûr que les gens sont inquiets. Ils ne savent pas ce qui va se passer », a confié David Chartrand de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a toutefois refusé de s’alarmer.

« Notre travail depuis notre arrivée au pouvoir, c’est de nous assurer que les emplois perdus chez Bombardier soient repris par le reste de l’industrie, et à ce jour [...] la plupart des gens se sont trouvé d’autres emplois. »

Depuis plusieurs mois, le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, ne fait plus de mystère sur son intention d’abandonner l’aviation commerciale et la fabrication de composants aéronautiques pour se concentrer sur les jets d’affaires et le secteur ferroviaire, plus rentables.

Bombardier s’est engagé à verser plus d’un milliard de dollars à Airbus pour le contrôle de la C Series, qui a pris effet l’été dernier. Et plus tôt cette semaine, l’entreprise a conclu la vente, pour environ 300 M$ US, des avions turbopropulsés Q400 à une firme appartenant à une héritière de la richissime famille Thomson.

L’analyste Benoit Poirier de Desjardins évalue que Bombardier pourrait obtenir de 500 M$ US à 1 G$ US pour le CRJ. Les investisseurs s’en réjouissent : l’action de Bombardier a gagné près de 10 % hier, pour clôturer à 2,15 $, à la Bourse de Toronto.

Bientôt la fin de la production

Pour le rédacteur en chef de The Air Current, Jon Ostrower, il ne fait pas de doute que la production du CRJ tire à sa fin.

« Je ne pense pas que le CRJ se poursuivra de façon significative au-delà de ce qu’on trouve déjà dans le carnet de commandes », a-t-il affirmé au Journal, hier.

À la fin mars, le carnet de commandes du CRJ comptait 51 appareils. Cela représente deux ans et demi de production en fonction de la cadence actuelle – Bombardier a livré 20 CRJ l’an dernier.

Selon M. Ostrower, Mitsubishi ne s’intéresse pas au CRJ comme tel, mais aux relations commerciales de Bombardier avec les compagnies aériennes, à son expérience de production aéronautique et à son réseau de centres de service. L’entreprise japonaise faciliterait ainsi l’entrée en service de son propre jet régional, le MRJ.

« Cela donnerait à Mitsubishi la crédibilité qui vient avec une organisation établie à travers le monde sans avoir à la bâtir elle-même », a noté M. Ostrower.

Ce serait une triste fin pour le CRJ, un dérivé du jet d’affaires Challenger de Canadair qui a fait les belles années de Bombardier.

Au sommet de l’engouement pour l’appareil, à l’automne 2000, l’action de l’entreprise a atteint un sommet de plus de 25 $.

Ironiquement, Bombardier a déposé l’an dernier une poursuite contre Mitsubishi devant un tribunal américain, lui reprochant d’avoir débauché de ses employés pour faciliter la certification du MRJ.

Addison Schonland, de la firme AirInsight, croit que le gouvernement Legault devrait ouvrir le dialogue avec Mitsubishi et tenter de la convaincre d’installer une usine pour le MRJ au Québec.

« C’est une occasion en or pour la région de Montréal », a-t-il estimé.

Les avions commerciaux de Bombardier

C Series

Premier vol : 2013

Lieu de production : MIRABEL

Employés : 2200

Appareils livrés : 68

Carnet de commandes : 451

Acquéreur : AIRBUS

Prix de vente : 925 m$ us (Somme que Bombardier versera à Airbus pour le contrôle du programme)

Q400

Photo courtoisie

Premier vol : 1983

Lieu de production : TORONTO

Employés : 1200

Appareils livrés : 1258

Carnet de commandes : 58

Acquéreur : Longview Aviation Capital

Prix de vente : 300 M$ US

CRJ

Photo courtoisie

Premier vol : 1991

Lieu de production : Mirabel

Employés : 1600, dont 750 au Québec

Appareils livrés : 1899

Carnet de commandes : 51

Acquéreur potentiel : Mitsubishi Heavy Industries

Prix de vente : 500 M$ US - 1 G$ US

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