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Des chauffeurs d’autobus dangereusement exténués

Daphnée Hacker B. | Le Journal de Montréal

 - Agence QMI

Comme plusieurs autres employés de la Société de transport de Montréal, les chauffeurs d’autobus font des heures supplémentaires pour assurer l’offre de service sept jours sur sept. Mais certains en abusent et deviennent dangereusement fatigués.

Des données obtenues grâce à la loi d’accès à l’information nous permettent de constater que des employés de la STM accumulent tellement de primes et d’heures payées à temps et demi qu’ils réussissent à doubler leur salaire.

Au-delà de ces sommes démesurées, il y un enjeu de sécurité. J’ai parlé à plusieurs chauffeurs qui m’ont avoué qu’ils sont nombreux à faire un nombre excessif d’heures supplémentaires, une situation qui les met parfois dans un état de fatigue dangereux.

-«J’ai déjà fermé les yeux à la lumière rouge et c’est un client qui est venu me demander pourquoi l’autobus n’avançait pas.»

-«Il y a des chauffeurs qui font régulièrement des journées de 20 heures ou des semaines de 70 à 80 heures.»

-«Certains dorment dans les garages la nuit car ils n’ont que quelques heures avant de commencer une nouvelle journée de travail.»

Les autobus exemptés

Les autobus urbains sont exemptés du règlement du Code de la sécurité routière qui encadre les heures de conduite et de repos des conducteurs de véhicules lourds. Par exemple, après 14 heures de travail, un camionneur est obligé de se reposer huit heures et il peut en tout temps être intercepté par un contrôleur routier qui vérifiera sa fiche journalière.

J’ai essayé de savoir pourquoi les chauffeurs d’autobus urbains sont exemptés, et aucun expert ni même le ministère des Transports n’ont été en mesure de me donner une explication.

Toutefois, à la Société de l’assurance automobile, un porte-parole a indiqué qu’«une situation d’exemption ne devrait pas être interprétée par l’exploitant comme la levée de toute responsabilité à l’égard de la gestion de la fatigue».

La STM confiante

Les heures supplémentaires sont effectuées sur une base volontaire, explique le directeur exécutif du Capital humain à la STM, Alain Brière. «Personne ne force les chauffeurs à travailler. Ce sont des professionnels de la route et on présuppose toujours qu’ils sont aptes à conduire», dit-il. Le gestionnaire ajoute que depuis 2016, la STM est en mode embauche afin de diminuer au maximum le nombre d’heures en sus.

M. Brière assure que des politiques internes sont en place pour s’assurer que le public est en sécurité et que des gestionnaires surveillent en tout temps l’état des chauffeurs.

Mes sources m’ont cependant confirmé que des employés se poussent à bout et abusent, surtout les plus anciens qui ont la priorité sur le temps supplémentaire.

Changer le statu quo

Les accidents impliquant des autobus sont peu élevés, surtout si on les compare aux accidents automobiles (voir encadré-chiffre). N’empêche, il ne faudrait pas attendre qu’un accident grave ait lieu avant de changer les choses.

Le gouvernement devrait réglementer les heures maximales de conduite pour assurer la sécurité du public, car ni la STM ni les syndicats des employés ne feront de pressions en ce sens, croit François Pépin, président de Trajectoire Québec et retraité de la STM.

Au moment de publier, le cabinet du ministre des Transports, François Bonnardel, n’avait pas donné suite à une demande d’entrevue.

-Avec l’aide de Camille Dauphinais-Pelletier et d’Andrea Valeria

Festival de fraudeurs dans les autobus?

Plusieurs chauffeurs de la STM n’en peuvent plus de voir, chaque jour, des personnes ne pas acquitter leur droit de passage et ne jamais se faire épingler.

À la suite d’une enquête montrant que des milliers de personnes sautent les tourniquets du métro chaque jour, des chauffeurs de la STM m’ont dit croire que le phénomène est semblable dans les autobus et selon eux, ça empire depuis quelques années.

«De plus en plus de gens comprennent qu’ils peuvent nous passer dans la face et qu’on n’a pas le droit de les refuser, on dirait que le mot se passe», raconte une chauffeuse. En plus de 10 ans de travail, elle a seulement vu cinq fois les inspecteurs du STM contrôler les passagers à bord de son autobus.

Il y a seulement 160 inspecteurs pour les 68 stations de métro et les 221 lignes d’autobus. Malgré tout, la STM ne compte pas augmenter le personnel affecté à cette tâche, estimant que le nombre de fraudeurs dans le réseau est minime et stable.

«Il faudrait que ces affirmations soient appuyées par des chiffres», avance le conseiller municipal indépendant Marvin Rotrand et ex-vice-président du CA de la STM. Au prochain conseil municipal, il va à nouveau soumettre une motion pour exiger que la vérificatrice générale dresse un portrait clair de l’évasion tarifaire, comme cela a été fait à Toronto dernièrement.

Accidents

- Les autobus, tout de même plus sécuritaires que la voiture

- Plus de risques d’accident en voiture qu’en autobus

En 10 ans, sur 10 grandes artères de Montréal, les chercheurs ont noté*:

- 668 usagers d’autobus blessés vs. 10 892 automobilistes blessés

Source: Journal of Urban Health

*Il faut noter que les automobilistes parcourent en moyenne quatre fois plus de kilomètres que les usagers d'autobus.

Les autobus, c’est assez sécuritaire

En 10 ans, sur 10 grandes artères de Montréal, les chercheurs ont noté*:

- 16 fois plus d’automobilistes blessés que des usagers d’autobus

- 18 fois plus de piétons blessés par une auto qu’un autobus

- 23 fois plus de cyclistes blessés par une auto qu’un autobus

*Il faut noter que les automobilistes parcourent en moyenne quatre fois plus de kilomètres que les usagers d'autobus.

Source: Journal of Urban Health