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Elle écrit un spectacle malgré sa dyslexie

Étienne Paré

 - Agence QMI

PHOTO COURTOISIE

Une jeune comédienne dyslexique québécoise a réussi un tour de force en créant entièrement seule un spectacle de 45 minutes dans lequel elle se moque de son trouble d’apprentissage.

Clara Vecchio monte sur les planches du Théâtre Impro Montréal dans le cadre du festival Fringe, pour y présenter son spectacle solo «La dyslexie, c’est dur à écrire pour une dyslexique».

L’artiste de 22 ans a choisi un titre auto dérisoire pour une oeuvre résolument humoristique. Or, durant les six mois qu’elle a pris pour rédiger la pièce, elle n’a pas été souvent d’humeur à rire.

«J’ai fait plusieurs crises de panique. J’ai pleuré plusieurs fois. J’ai voulu abandonner plusieurs fois», a raconté celle qui se décrit avant tout comme une comédienne.

Scolarité difficile

Clara Vecchio, qui entrera au Conservatoire d’art dramatique de Québec en septembre prochain, n’a jamais eu de difficulté à mémoriser un texte de théâtre.

Si elle a tendance à mélanger quelques fois les mots lorsqu’elle lit à voix haute, c’est surtout l’écriture qui lui a posé problème durant son parcours scolaire.

«Les dictées, c’était l’enfer pour moi. Je faisais des erreurs qu’on n’est plus supposé de faire après la troisième année. Je ne sais plus combien de fois on a essayé de m’expliquer les homophones», se souvient-elle, aujourd’hui avec un sourire en coin.

Démarche personnelle

Sachant que la dyslexie est héréditaire, Clara Vecchio était convaincue qu'elle en était atteinte, comme son père, depuis son entrée au secondaire . Faute de ressources, le diagnostic n'est finalement tombé qu'à sa deuxième année de cégep.

«Moi, j'ai eu la chance d'être bien entourée, mais les gens qui viennent d'un milieu défavorisé n'ont vraiment aucune chance. Il y a un manque criant de ressources pour les personnes dyslexiques dans le système public», a-t-elle dénoncé.

Ce n'est toutefois pas pour envoyer un message au gouvernement qu'elle tenait à faire ce spectacle. Et même si elle a été très touchée par les témoignages qu'elle a reçus après les deux premières représentations cette semaine, Clara Vecchio ne s'était pas non plus donné l'objectif de sensibiliser le public à ce trouble d'apprentissage qui toucherait de 6 à 8 % de la population selon des études françaises réalisées dans les années 2000.

«Je l'ai avant tout fait pour moi. Je voulais comprendre comment ça fonctionnait dans ma tête et mieux m'accepter», a confié la jeune femme.

Aucune gêne à avoir

Même si sa démarche a fait ressurgir des humiliations vécues pendant son enfance, Clara Vecchio en sort grandi. Pendant les six derniers mois, elle a notamment développé de nombreux trucs pour améliorer son écriture au quotidien.

«En écrivant, j'ai compris que pour moi, les mots n'étaient pas associés à leur définition, mais plutôt à des souvenirs, des odeurs, des couleurs. C'est pour ça que c'est pas toujours le bon mot qui sort quand je parle, mais c'est aussi pour ça que les dyslexiques ont souvent un côté créatif très fort», a-t-elle analysé.

En effet, plusieurs grands artistes étaient dyslexiques: Léonard de Vinci, Agatha Christie ou encore Steven Spillberg, pour ne nommer que ceux-là.

Avec une telle brochette, Clara croit qu'aucun dyslexique ne devrait être gêné de sa différence.

C'est dans cet esprit qu'elle a choisi de ne pas faire corriger son texte avant de l'envoyer aux organisateurs du festival.

«La dyslexie, c’est dur à écrire pour une dyslexique» sera présenté mercredi, jeudi et samedi soir au festival Fringe de Montréal.