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Acquittée par son ami juge en 42 secondes

Sarah-Maude Lebvre | Le Journal de Montréal

Un juge de la cour municipale de Longueuil a fait devancer la comparution d’une amie Facebook et l’a acquittée en 42 secondes à son dernier jour sur le banc avant de prendre sa retraite.

Le 4 février dernier, à son dernier jour de travail après 27 ans comme magistrat, le juge responsable de la cour municipale de Longueuil, Jean Herbert, a acquitté Diane Lelièvre pour une infraction au Code de la sécurité routière.

C’est le juge lui-même qui a demandé que la comparution de son amie soit devancée.

Le milieu de la justice a été interpellé hier par les découvertes de notre Bureau d’enquête.

«Les éléments que vous rapportez sont en effet très sérieux», a déclaré la juge en chef adjointe de la Cour du Québec et responsable des cours municipales, Claudie Bélanger.

Celle-ci n’exclut pas de porter plainte au Conseil de la magistrature dans le cas du juge Herbert.

De son côté, le vice-président du Conseil de la magistrature, Scott Hughes, juge qu’il s’agit «en apparence d’allégations troublantes».

Juge décontenancé

Les actions du juge Herbert avaient beaucoup fait réagir dans les coulisses de la cour municipale. Des personnes qui y travaillent nous ont confié sous le couvert de l’anonymat que la situation avait créé un certain « malaise ».

Rencontré par notre Bureau d’enquête, l’ancien juge Herbert n’a pas nié les faits. L’ex-magistrat, qui cherchait beaucoup ses mots, nous a indiqué connaître Mme Lelièvre en raison de son métier d’artiste-peintre. Il lui a même acheté une toile il y a quelques années.

Mme Lelièvre, nous a-t-il dit, l’a contacté initialement parce que sa date de comparution ne lui convenait pas en raison d’un voyage.

«Je n’aurais peut-être pas dû prendre l’appel», a-t-il admis, visiblement mal à l’aise.

Mme Lelièvre n’a pas voulu nous accorder d’entrevue, affirmant que l’affaire était d’ordre «privé». Elle a simplement indiqué que l’ex-juge était un patient de son conjoint ophtalmologue et qu’elle avait cherché de l’aide, car elle était mécontente de la contravention donnée par un policier «odieux».

Pas la première fois

Jean Herbert nous a également dit avoir fait déplacer les dates de cour d’autres connaissances ou amis au cours des dernières années pour leur «rendre service».

Celui qui a occupé plusieurs fonctions importantes durant sa carrière, dont au Conseil de la magistrature, a aussi admis avoir déjà jugé d’autres personnes qu’il connaissait.

«Ben oui. Un exemple : ma coiffeuse a contesté une cause. Je m’en fous. Je la condamne. Je l’acquitte... Dans la vie, on connaît tellement de monde», dit-il.

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria et de Denis Therriault, TVA Nouvelles

Qui est «l’honorable» Jean Herbert ?

- En 2004, il est nommé juge responsable

- Avocat de 1980 à 1995, Jean Herbert est substitut du procureur général du Canada de 1991 à 1994

- Il devient juge en 1992, d’abord à la cour municipale de Saint-Hubert, puis à la cour municipale de Longueuil en 2002En 2004, il a été nommé président de la Conférence des juges municipaux du Québec

- En 2011, il est nommé membre du Conseil de la magistrature