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Des garderies menacent de fermer leurs portes

Caroline Lepage | Journal de Montréal

PHOTO COLLABORATION SPÉCIALE, CAROLINE LEPAGE

Plusieurs garderies privées en milieu familial menacent de fermer leurs portes si le gouvernement ne permet pas aux responsables de pouvoir se faire remplacer pour aller à des rendez-vous durant les heures de garde.

«Malheureusement, en septembre, je ferme. Les enfants que je garde vont aller où? Je me pose la question. [...] Depuis décembre, j’ai dû refuser 50 demandes. Les gens ne trouvent plus de places», lance Jacinthe Richard, une éducatrice spécialisée qui garde des enfants chez elle depuis 10 ans à Granby, en Montérégie.

Mme Richard et plusieurs gardiennes qui œuvrent, comme elle, en tant que Personnes non reconnues (PNR) par le gouvernement veulent cesser leurs activités parce que le ministère de la Famille interdira, dès le 1er septembre, qu’elles soient remplacées durant les heures de garde pour divers rendez-vous. Ces travailleuses autonomes gèrent toutes leur garderie privée chez elles.

Cette restriction est l’une des huit conditions imposées depuis le 1er mai 2018, mais qui seront en vigueur le 1er septembre prochain, aux quelque 3300 PNR du Québec, telles que de :

-recevoir un maximum de six enfants à la fois (incluant ses propres enfants de moins de 9 ans) ;

-détenir un certificat de secourisme datant de moins de trois ans ;

-prouver l’absence de casier judiciaire ;

-posséder une police d’assurance responsabilité civile (1 million $ minimum), etc.

Le ministre Mathieu Lacombe veut s’assurer que la personne qui garde les enfants réponde à ces exigences, en tout temps.

Les remplacements sont permis en cas d’urgence seulement.

«Ce sont des règles de sécurité minimales», plaide-t-il.

Actuellement, les PNR qui s’occupent d’environ 20 000 enfants dans leur maison au Québec ne sont recensées nulle part et n’étaient régies par aucune réglementation, ce que veut changer le gouvernement Legault.

Contestations

Selon Sophy Forget Bélec, présidente de l’Association québécoise des milieux éducatifs privés, le seul regroupement de ce type de garderie au Québec, les PNR ont émis plusieurs plaintes au Protecteur du citoyen et estiment que leurs droits comme travailleuses autonomes sont bafoués.

Comme Personnes non reconnues, Mme Richard peut s’occuper, dans sa résidence, de quelques jeunes, en plus de ses deux enfants autistes d’âge préscolaire qui demandent un suivi particulier.

Quand elle s’absente pour ses nombreux rendez-vous, elle fait appel à une personne de confiance, selon elle.

«Ce n’est pas parce qu’on est au privé qu’on n’a pas le souci d’offrir un service de qualité. S’il arrive quelque chose, c’est notre nom qui est en jeu», exprime Mme Richard.

Parents inquiets

Sans remplaçante, Mme Richard fermera sa garderie et un grand nombre de PNR menacent de faire comme elle.

Plusieurs parents consultés par «Le Journal de Montréal» et ayant recours à ces établissements sont inquiets d’une possible disparition du service de garde.

«Ça n’a aucun sens. Ça va nous mettre dans le trouble. Si je ne trouve pas de garderie en septembre, je vais lâcher mon emploi», commente Myriam Rivard, une aide-gérante au Dollarama.

Cette maman confie à Mme Richard ses enfants de 2 et 5 ans, depuis plusieurs années.

Le ministre les invite dans le réseau accrédité

«J’ai choisi une garderie privée parce que je voulais que ce soit comme à la maison. On ne nous laisse plus le droit de choisir notre garderie», déplore cette femme de Granby.

Le ministre de la Famille invite les Personnes non reconnues (PNR) à se joindre au réseau accrédité, au sein duquel 10 000 places dorment sur les tablettes à cause de la pénurie d’éducatrices.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, rappelle que les PNR ne sont pas obligées de fermer. Elles n’ont qu’à joindre le réseau accrédité si elles veulent avoir le droit d’être remplacées quand elles ont des rendez-vous divers durant les heures de garde.

«C’est plus de travail d’être accréditée. C’est plus d’administration, mais on doit bien cet effort à nos tout-petits», croit le ministre.

Cela permettrait rapidement de combler 10 000 des 42 000 places qui sont actuellement manquantes au Québec.

Priorité sur la sécurité

Selon M. Lacombe, des incidents survenus dans ces milieux de garde non reconnus, où la sécurité des enfants était compromise, justifient l’encadrement que prévoit la nouvelle loi encadrant les services de garde éducatifs à l’enfance.

«La qualité, ça n’a pas de prix. Il faut même un permis pour vendre de la crème glacée au Québec», illustre-t-il. C’est pourquoi son ministère insiste tant à développer le réseau accrédité, qui lui permet d’effectuer des visites dans les garderies familiales, d’offrir de la formation et d’intervenir si des soupçons sont soulevés et de suggérer des solutions.

Ce n’est pas le cas des PNR, qui exercent leurs activités sans que le ministère soit au courant.