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«Mom» Boucher coupable de voies de fait graves sur un codétenu

Éric Thibault | Journal de Montréal

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L'ancien chef des Hells Angels Maurice «Mom» Boucher s'est reconnu coupable d'avoir infligé des voies de fait graves à un codétenu, mardi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Le tristement célèbre prisonnier a admis sa participation à une agression armée d'un pic artisanal en compagnie d'un complice, René Girard, aux dépens de Ghislain-André Gaudet, deux autres meurtriers détenus au même endroit que lui.

L'attaque à l'arme blanche s'est produite le 3 novembre 2016 à l'Unité spéciale de détention (USD) de Sainte-Anne-des-Plaines, le seul pénitencier à sécurité «super-maximum» du Canada.

Peine symbolique

Boucher est enfermé à l'USD depuis sa condamnation au printemps 2002 pour avoir commandé les meurtres de deux gardiens de prison.

L'ex-motard, qui aura 66 ans dans dix jours, avait initialement été inculpé de tentative de meurtre, mais cette accusation avait ensuite été retirée.

Lui et Girard, âgé de 55 ans, ont chacun écopé d'une sentence symbolique de deux ans de prison rendue par la juge Kathlyn Gauthier puisqu'ils purgent déjà des peines d'incarcération à perpétuité pour meurtres prémédités.

Gaudet, incarcéré à vie pour avoir tué un gardien de l'ancien pénitencier Saint-Vincent-de-Paul à Laval lors d'une évasion en 1978, avait survécu à plusieurs coups de pic artisanal.

Toujours à risque

Boucher, que le tueur à gages Gérald Gallant avait eu le contrat d'éliminer pour 250 000 $ en l'an 2000, est toujours considéré comme un détenu dangereux et à risque pour la sécurité publique.

L'ex-chef des Hells représente un risque d'évasion chaque fois qu'il doit être transporté entre le pénitencier et un palais de justice, a témoigné l'officier Bruno Soucy de la Sûreté du Québec devant le juge Michel Bellehumeur en octobre 2016 dans cette affaire.

Ce même policier a ajouté qu'il est toujours possible que Boucher soit la cible d'une tentative de meurtre lorsqu'il n'est pas incarcéré, ce qui incite la SQ à escorter les agents correctionnels lors de chacun des transports de l'ex-motard en fourgon cellulaire.

Complot de meurtre

En juin 2018, «Mom» a écopé d'une autre peine symbolique de dix ans de taule pour avoir comploté dans le but de faire assassiner le caïd mafieux Raynald Desjardins en 2015.

Ce dernier venait alors d'être condamné pour son rôle dans le meurtre de l'aspirant parrain Salvatore Montagna.

«Tu lui diras que... D’après moi, il (Desjardins) va venir ici. S’il vient, on va pouvoir le tuer», avait dit Boucher à sa fille Alexandra Mongeau qui lui rendait visite à l'USD, tout en lui demandant de faire le message à l'ex-Rocker et leader des gangs de rue montréalais, Gregory Woolley.

Boucher, qui était alors filmé et dont les propos étaient enregistrés par des micros et des caméras de surveillance au parloir du pénitencier, fut le seul condamné pour ce complot avorté puisque sa fille et Woolley ont été libérés des mêmes accusations.

«Ça allait trop loin»

L'ex-numéro un des Hells est incarcéré à perpétuité pour avoir commandé les meurtres des agents correctionnels Diane Lavigne et Pierre Rondeau en 1997 à Montréal.

Boucher voulait ainsi déstabiliser le système judiciaire alors que les Hells livraient une guerre sanglante à des rivaux pour prendre le contrôle du marché de la drogue et qu'ils subissaient une pression accrue des policiers.

Autrefois considéré comme le motard criminel le plus craint au pays, il avait aussi dit qu'après les gardiens de prison, les Hells s'en prendraient aux policiers, aux procureurs de la Couronne et aux juges.

«Tous les Hells Angels savaient que Maurice Boucher était derrière ces attentats. Plusieurs trouvaient que ça allait trop loin», avait déclaré aux policiers l'ex-Hells Angel sherbrookois devenu délateur, Sylvain Boulanger.

Boucher croyait aussi qu'en commandant de tels meurtres à ses hommes de main du club-école les Rockers, ceux-ci n'oseraient jamais les confesser à la police en acceptant de devenir délateurs et de dénoncer leurs complices en cour.

Mais c'est ce qu'a fait Stéphane «Godasse» Gagné, l'ex-trafiquant qui a incriminé Boucher même s'il considérait ce dernier comme son «deuxième père» pour l'avoir pris sous son aile durant la guerre des motards.

Gagné a admis avoir abattu Diane Lavigne après qu'elle eut terminé son quart de travail à la prison de Bordeaux, le 26 juin 1997, en plus d'avoir participé à l'attaque du fourgon cellulaire qui a coûté la vie au gardien Rondeau près de la prison de Rivière-des-Prairies, le 8 septembre de la même année.

Plus de 20 ans après sa condamnation, le témoin repenti Gagné a obtenu ses premières permissions de sortie sous escorte du pénitencier l'automne dernier.

- Avec la collaboration de Christian Plouffe

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