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Il a harcelé une élue mais est quand même acquitté

Michaël Nguyen | Journal de Montréal

POL-BUDGET-MUNCIPAL-MONTREAL

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Un Montréalais qui a suivi, confronté et harangué une élue pendant des années a bel et bien commis du harcèlement, mais il n’était pas criminel, a tranché une juge ce jeudi.

«Est-ce que Sue Montgomery a été harcelée par Robert Michael Edgar? La cour conclut que oui. L’a-t-elle été au sens criminel? La cour conclut que non», a tranché la juge Flavia K. Longo, ce jeudi au palais de justice de Montréal.

Depuis 20 ans, le Montréalais de 59 ans fait une fixation sur la mairesse de l’arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

Pour une raison obscure, il est convaincu qu’elle a un rôle à jouer dans de prétendus abus sexuels de l’église qu’elle fréquente, et ne se gêne pas pour le faire savoir à travers les réseaux sociaux. Il assiste également à des séances de conseil municipal où il cible directement la femme.

S’il s’agit bien d’un cas de harcèlement, Edgar ne peut pas être déclaré coupable, a tranché la juge. Car pour que ce soit criminel, il faut que la victime craigne pour sa sécurité.

Or, malgré son témoignage, Mme Montgomery n’a pas réussi à démontrer qu’elle avait peur de l’accusé, a tranché la juge.

«Bon» harcèlement

Cette dernière a donné en exemple un moment où la mairesse d’arrondissement était restée proche du harceleur alors qu’elle attendait la police, ou encore un événement où elle a donné des coups de pieds à des pancartes qu’Edgar utilisait pour protester contre une église.

«Son visage et son langage corporel ne montrent aucun signe de crainte», a noté la juge en acquittant Edgar.

L’air triomphant, Edgar a assuré que cette décision allait lui permettre de continuer à faire ce qu’il qualifie de «bon harcèlement», allant même jusqu’à comparer ses actes par ceux de la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale.

«Tout ce que je fais est légitime, je vais continuer à manifester et à poser des questions, c’est évident qu’elle [Sue Montgomery] n’a jamais eu peur», a-t-il dit.

Craintes

Cet avis ne semble toutefois pas partagé par l’élue qui, même si elle assure respecter les tribunaux, n’a pas caché sa déception.

«Oui, a-t-elle dit lorsqu’elle a été questionnée sur sa crainte de l’accusé acquitté. Marc Lépine et Richard Henry Bain [deux meurtriers] n’avaient pas été violents avant leurs crimes. Est-ce qu’on doit attendre de la violence? Où est la ligne à tracer? Peut-être que j’aurais dû agir comme une victime typique et vulnérable.»

Mme Montgomery a conclu en faisant part de sa crainte qu’avec cette décision, Edgar pourra recommencera à la haranguer.

«Ça lui donne la permission de continuer à harceler [de façon non criminelle] et ce n’est pas correct, a-t-elle conclut. Il ne me laissera pas tranquille, il va continuer.»

Edgar n’en a toutefois pas fini avec la justice, puisqu’il doit toujours recevoir une sentence pour avoir brisé sa condition de ne pas communiquer avec Mme Montgomery, alors qu’il attendait son procès.