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Legault n’hésitera pas à recourir au bâillon

Patrick Bellerose | Journal de Québec

Le gouvernement Legault n’hésitera pas à recourir au bâillon pour imposer ses changements à l’État québécois, a prévenu le premier ministre vendredi, à la veille d’un week-end où il fera adopter de force ses projets de loi sur l’immigration et la laïcité.

«Plus un gouvernement veut faire de changements, plus il va être appelé à faire adopter sous bâillon un projet de loi. Nous on veut faire des grands changements. Je pense que le Québec était dû, entre autres, depuis quinze ans, pour des grands changements», a déclaré François Legault lors du bilan de la première session parlementaire complète de son gouvernement.

Le bilan du gouvernement est toutefois assombri par une prolongation de la session parlementaire samedi et dimanche afin de forcer l’adoption de la réforme de l’immigration et de l’interdiction des signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité.

François Legault estime que les libéraux font preuve d’obstruction en commission parlementaire sur les deux pièces législatives. Le premier ministre affirme qu’il y a urgence d’adopter la réforme de l’immigration afin que le Québec puisse choisir ses immigrants en fonction des besoins des entreprises.

Quant au projet de loi sur la laïcité, le leader caquiste affirme que de laisser traîner le débat poserait «des risques pour la cohésion sociale», notamment en laissant le champ libre à une montée de l’extrême droite. «Je pense que la meilleure façon d’éviter des extrêmes, c’est de définir un carré de sable», estime François Legault. Il affirme que son projet de loi est «modéré» et s’applique «à très peu de personnes».

Contestations judiciaires

Pour Québec solidaire, le gouvernement Legault fait fausse route en utilisant le bâillon. «Penser que cette loi-là et son adoption sous bâillon va mettre fin au débat sur la laïcité c'est se tromper sur toute la ligne, a commenté Gabriel Nadeau-Dubois. D'abord parce que ce projet de loi là, il va être très, très, très dur à appliquer. Ensuite parce que c'est un projet de loi qui va générer, c'est certain, une multitude de contestations judiciaires.»

Le leader parlementaire de QS rappelle également que les groupes qui militent pour l’interdiction des signes religieux ont déjà annoncé la volonté d’aller encore plus loin. «Alors, loin de mettre le couvercle sur la marmite, ça ouvre la porte à ce que, dans les prochaines années, des groupes et des individus continuent à se faire entendre pour interdire toujours plus», prédit-il.

De son côté, le chef intérimaire du Parti québécois affirme que l’utilisation du bâillon constitue un symbole «épouvantable», même si sa formation appuie le principe du projet de loi. «Donc, nous, on souhaiterait davantage faire du temps jusqu'à tant que là, bon, on a fait le tour du projet de loi, les gens qui sont pour voteront pour puis les gens qui sont contre voteront contre», a commenté Pascal Bérubé.