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L’hypocrisie climatique

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Le verdict est tombé. Il est sans appel.

La taxe sur le carbone mise en place par le gouvernement Trudeau ne permettra pas au Canada de rencontrer ses cibles de Paris.

La conclusion du directeur parlementaire du budget ne surprendra pas les environnementalistes et les experts du climat.

Mais elle vient jeter une sérieuse douche froide sur le discours libéral à la veille des élections. Pire, elle donne de nouvelles munitions à ses adversaires.

Car selon le DPB, pour que le Canada atteigne d’ici 2030 son objectif de réduire ses émissions de 30% par rapport à leur niveau de 2005, il faudrait que la taxe sur le carbone atteigne 102$ la tonne. C’est cinq fois plus que son niveau actuel, deux fois plus que le niveau envisagé en 2022.

Simplement dit, il faudrait ajouter une taxe sur l’essence de 23 cents le litre d’ici 2030.

Surenchère partisane

Inutile de dire que les conservateurs ont sauté sur l’occasion pour plaider que la taxe carbone est inefficace, et que les libéraux cachent le projet de taxer davantage les Canadiens.

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a répondu que le verdict sur sa taxe carbone est incomplet, que son plan tient la route et que, de toute façon, ses adversaires sont des climato-sceptiques.

Quel débat édifiant!

La stratégie est limpide. Peu importe l’analyse du DPB, les signaux d’alarme de la commissaire à l’environnement, les troupes de Justin Trudeau misent sur le lourd héritage des années Harper pour faire oublier la faiblesse de leur propre approche face aux changements climatiques.

Quelle alternative?

Il faut l’admettre, les conservateurs ne sont pas en reste.

Alors qu’ils ont fait de la taxe carbone une véritable arme partisane, le rapport du directeur parlementaire du budget devrait plutôt tempérer leurs ardeurs.

«La tarification sur le carbone est l’approche la plus rentable pour réduire les émissions de GES», conclut-il.

Il prédit surtout qu’un plan basé sur la règlementation et des subventions pour réduire les émissions canadiennes finirait par coûter plus cher à l’économie canadienne.

Dans le fond, la taxe sur le carbone, ou encore une bourse comme au Québec, est peut-être impopulaire, il faudra certainement en hausser le prix, mais ça demeure l’outil le plus efficace pour changer les habitudes de vie des Canadiens et les modes de production des entreprises.

Ça n’a pas empêché le député Gérard Deltell de rejeter cette nuance du revers de la main.

Il promet même que le plan conservateur, qui sera dévoilé la semaine prochaine, permettra non seulement d’atteindre les cibles de Paris, mais qu’il le fera sans taxe carbone, et sans coûter plus cher à l’économie canadienne.

On verra bien. Mais c’est à se demander si Andrew Scheer, lui non plus, ne croit pas aux licornes!

Ainsi va la politique, libéraux et conservateurs applaudissent les études scientifiques qui font leur affaire, rejettent les aspects qui contredisent leur discours partisan.

Oui, on parlera beaucoup de lutte contre les changements climatiques pendant la campagne électorale.

Tous promettront d’en faire une priorité: les libéraux en attaquant leurs adversaires, les conservateurs en laissant miroiter d’y arriver sans que ça ne fasse mal.

Morale de l’histoire, aucun ne sera à l’abri d’une bonne dose d’hypocrisie.