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«Les morts ne meurent pas»: des zombies et des hommes

Isabelle Hontebeyrie | Agence QMI

Les amateurs de Jim Jarmusch apprécieront son film de zombies «Les morts ne meurent pas» malgré d’évidentes faiblesses.

Tout est normal à Centerville, bourgade américaine typique. Normal? Pas vraiment si l’on prend le temps de faire la connaissance de Bob (Tom Waits), l’ermite du coin, interrogé par Cliff (Bull Murray) le shérif et Ronnie (Adam Driver) son adjoint au sujet d’une sombre histoire de poulet volé.

Bill Murray, Adam Driver et Tom Waits, qui ont tous déjà travaillé pour Jarmusch comme, d’ailleurs, bon nombre des acteurs au générique, adoptent le ton que l’on attend du cinéaste: un tantinet désabusé, ironique et absurde. La suite des «Morts ne meurent pas» est donc dans le même registre. Car, voyez-vous, à cause de la fracturation hydraulique du pôle Nord, l’axe de la Terre s’est déplacé. Les appareils électroniques ne marchent plus, le soleil se couche à l’heure qu’il veut et les morts sortent de leurs tombes.

Complètement décalés, les personnages croisés au cours des jours qui suivent sont typiques de l’univers du réalisateur et scénariste. Chloë Sevigny, en adjointe du shérif, est la «scream queen» (quoiqu’un peu discrète) de service, Steve Buscemi est le raciste du coin – il arbore une casquette rouge sur laquelle on peut lire l’inscription «Make America White Again» (traduisible «Rendons l’Amérique à nouveau blanche») – qui converse néanmoins avec Danny Glover sans réaliser la couleur de sa peau, Selena Gomez est la «pitoune» en visite et Tilda Swinton est le croque-mort du village (son sort n’est pas sans rappeler, en moins réussi, le rôle de Sigourney Weaver dans l’excellent «La cabane dans les bois»).

La métafiction (notamment avec la référence récurrente à la chanson-titre, composée spécialement pour le film par Sturgill Simpson) abonde et le quatrième mur (celui qui sépare les spectateurs des acteurs à l’écran) est allègrement franchi. Ces deux effets de style font rire et allègent un peu le rythme indûment lent de cette comédie de 103 minutes. Car, pris dans son monde de zombies, Jim Jarmusch oublie le public saturé de déclinaisons de morts-vivants depuis des décennies. Le résultat semble donc bien fade, non seulement en comparaison avec ses autres œuvres, mais aussi avec les autres films du genre. Les fans inconditionnels de Jarmusch, eux, passeront un agréable moment malgré tout.

Note : 3 sur 5