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Paraplégique et papa «hyperactif»

Dominique Scali | Journal de Montréal

Chantal Poirier

Rien n’arrête un homme paraplégique de la Montérégie qui se dévoue pour ses enfants, allant de changer la couche du bébé à parcourir des milliers de kilomètres à vélo en famille.

«Il en fait beaucoup plus que certains pères qui ont toutes leurs capacités», dit Cindie Côté, 34 ans.

Son conjoint Julien Dulude est selon elle un modèle exceptionnel en raison de sa résilience et de son dynamisme.

L’homme de 33 ans est paralysé à la hauteur de la poitrine depuis une quinzaine d’années. Il ne peut pas marcher ni utiliser ses deux bras en même temps.

Il est donc considéré comme invalide pour le travail, mais il est loin de l’être comme père au foyer d’une famille recomposée de trois enfants.

Le Journal a pu constater toutes les adaptations qu’il a faites à sa maison de Saint-Michel, sur la Rive-Sud. Il y vit avec sa conjointe et leur bébé de 6 mois et demi. Ils ont également chacun un jeune en garde partagée qu’ils ont eu d’une union précédente.

«On est en 2019. Ce n’est pas parce que je suis en fauteuil que je suis un moins bon père», résume celui qui a déjà été manœuvre en génie civil et conseiller municipal.

Une solution à tout

Dans la chambre du bébé, il y a deux tables à langer : une à la hauteur de M. Dulude et une autre à la hauteur de Mme Côté.

Dans la salle de lavage, une pince à long manche lui permet d’accrocher les vêtements à faire sécher.

En 2016, il a dû être alité pendant 8 mois en raison d’une complication médicale. Il s’est donc dégoté une civière sur laquelle il embarquait sur le ventre afin de se promener dans la maison et ainsi continuer à nettoyer le plancher.

«Je suis un hyperactif. J’ai besoin de bouger tout le temps.»

Il peut même couper la pelouse grâce à une tondeuse téléguidée et conduire sa voiture à l’aide de pôles pour activer manuellement les pédales.

Bref, rien ne le décourage, même si certaines tâches lui prennent 10 fois plus de temps qu’une personne sans handicap, estime-t-il.

La seule chose à son épreuve : installer les lumières de Noël en hauteur, avoue-t-il.

«Il est généreux envers tout le monde», dit sa fille Chloé, 8 ans, qui a toujours connu son père en fauteuil roulant.

«Il est comme les autres, ajoute la fillette. Il fait plein de choses avec nous, comme aller à la piscine. Il y a d’autres papas qui ne viennent pas.»

Accident

Julien Dulude n’avait que 19 ans quand il a subi un grave accident d’auto avec des amis, en 2004.

Son corps a défoncé le toit du véhicule avant d’atterrir sur un gros tuyau d’égout, raconte-t-il. Sa mâchoire a dû être reconstruite, ajoute-t-il.

Même si le conducteur avait consommé de l’alcool, il n’a jamais gaspillé d’énergie à lui en vouloir. «Détester quelqu’un, c’est plus de job que d’aimer quelqu’un», dit-il.

Après des mois à l’hôpital puis en réadaptation, il a appris à vivre avec son handicap. «Ce n’est pas un choix: c’est ça... ou c’est ça !»

L’idée de fonder une famille en contexte de handicap n’a jamais fait peur ni à M. Dulude ni à Mme Côté. «Ce n’est pas ça qui définit la personne», dit-elle.

Quand ils se sont rencontrés pour la première fois il y a six ans, c’est surtout ses yeux qu’elle a remarqués. «Comme un coup de foudre», se souvient-elle.