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Safia Nolin, toute en dérision

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

STEVE MADDEN/AGENCE QMI

Safia Nolin ne manque pas de dérision.

En plus d’envoyer une poupée vivante chanter à sa place sur la pièce d’ouverture de son concert sur la Scène Bell des Francos de Montréal, dimanche, l’artiste s’est payé la tête des animateurs radio de Québec et a offert un doux pied de nez aux critiques sur son apparence, en offrant la première partie de sa prestation masquée.

On a rapidement compris que, malgré le caractère clair-obscur de sa musique souvent mélancolique, Safia Nolin n’avait pas l’intention de faire pleurer qui que ce soit pendant ce rendez-vous avec les Francos, lequel l’enthousiasmait au plus haut point. Le tête-à-tête entre Safia et ses admirateurs fut d’ailleurs sympathique et empreint de lumière et de légèreté.

Le temps était magnifique, à peine frisquet. La Place des Festivals se remplissait peu à peu, jusqu’à se garnir en presque totalité en cours de spectacle, lorsqu’une femme aux dimensions quasi parfaites, à la longue chevelure blonde, vêtue de cuir moulant, au visage trop maquillé et aux traits beaucoup trop exagérés pour être réels, s’est amenée à l’avant-scène en entonnant, ironiquement, «Miroir», l’un des titres les plus évocateurs «Dans le noir», deuxième album original de Safia, lancé l’automne dernier. «Je m’excuse de mon corps», y déclame l’auteure-compositrice.

Des paroles qui prenaient évidemment un sens ironique, lorsque prononcées par les lèvres charnues du personnage de remplacement alors en vedette, dont la bouche bougeait sur la véritable voix de Safia Nolin. Celle-ci était dissimulée un peu plus loin, derrière l’une des pyramides semi-transparentes qui lui servaient de décor. La femme à l’air suave en a mis plein la vue en exagérant ses mimiques, en se couchant par terre, jambes levées de manière suggestive. La foule s’en est grandement amusée. Le message était reçu.

«Chanson cochonne»

Une «Technicolor» (tirée de l’album «Limoilou», de 2015) et une «La neige» plus tard, un extrait sonore a résonné dans l’air : celui d’un animateur de CHOI Radio X déversant son fiel sur Safia, se moquant d’elle, ronflant sur un échantillon d’une de ses chansons, arguant que l’éclosion de celle-ci signifie la mort de la musique et que celle-ci devrait prendre du Ritalin. Solidaires, les spectateurs venus applaudir Safia ont été plusieurs à huer ces propos disgracieux.

Ce n’est qu’après cet instant pour le moins grinçant que Safia est enfin sortie de sa cachette, cagoule noire scintillante sur la tête, flanquée de son (ex?) amoureuse, la chanteuse française Pomme, aussi dissimulée de la sorte, autoharpe en main.

Au terme de leur interprétation d’«On brûlera», une Safia aussi magnifique qu’heureuse a enfin retiré sa capuche et pris la parole pour saluer gentiment son assistance. Elle a annoncé une «chanson cochonne» pour introduire sa relecture intimiste d’«Et Cetera», de Gabrielle Destroismaisons, implorant la foule de ne s’adonner à aucune inconduite sexuelle. «Gardez vos mains dans vos poches!», a-t-elle ordonné, taquine.

En fin d’un de ses morceaux phares, «La laideur», la jeune femme a convié un «ami barbu», Patrick Watson, à se joindre à elle sur «Mélancolie». Puis, Pomme est revenue le temps de «l’hymne lesbienne bilingue», «Lesbian Break Up Song», et Nolin s’est épanchée, en solo, sur «Va-t’en pas», en hommage à Richard Desjardins. Plus tard devait venir une reprise de «Shallow» en compagnie de KROY.

Les 31es Francos de Montréal se poursuivent jusqu’au 22 juin.