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Un jeune père de famille mort à cause d'un nid-de-poule

Éric Yvan Lemay | Journal de Montréal

L’état des routes était si catastrophique ce printemps qu’un jeune père de famille a connu une fin tragique lorsque sa voiture a frappé un immense nid-de-poule sur l’autoroute 30.

Ihor Horbanov n’a eu aucune chance. L’homme d’origine ukrainienne avait immigré au Québec quelques mois plus tôt et rêvait d’y refaire sa vie avec sa famille. Il y a plutôt trouvé la mort en raison du mauvais état de la chaussée.

Le 11 mars dernier, sa voiture a violemment percuté un nid-de-poule dans la voie de gauche à la hauteur de Verchères en Montérégie. Il a perdu le contrôle et terminé sa course contre un véhicule du ministère des Transports stationné en bordure de l’autoroute.

Quelques minutes plus tôt, un autre véhicule avait quitté la route en frappant le même trou dans la chaussée.

« Je pensais que la jante avait explosé. Juste après avoir frappé le trou, le véhicule a tourné à 90 degrés et il n’avait plus de contrôle sur le volant », raconte la femme de M. Horbanov, Hanna Horbanova, qui prenait place à ses côtés dans la voiture avec leurs deux jeunes enfants.

Un cri avant le silence

Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, le « cratère » faisait environ 1,5 mètre de large et il était rempli d’eau. « J’ai rarement vu ça », raconte un témoin de la scène sous le couvert de l’anonymat.

Les membres de la petite famille avaient quitté l’Ukraine, qui est en guerre avec la Russie, depuis quelques années.

Ils se sont installés à Sorel où Ihor Horbanov avait décroché un emploi de machiniste. Au moment de l’accident, ils se rendaient à Montréal pour un rendez-vous avec un comptable.

Hanna avait les yeux baissés lorsque son mari a frappé le nid-de-poule. Elle l’a entendu crier au moment où ils frappaient le trou, puis plus rien avant l’impact final. « Ça s’est passé très vite », dit-elle, encore émotive.

Transporté à l’hôpital Charles-Le Moyne, l’homme âgé de 32 ans n’a pas survécu à ses blessures. Sa femme et ses enfants s’en sont miraculeusement tirés sans séquelles graves.

Même s’ils n’ont pas gardé de traumatisme en reprenant la route, les enfants gardent malgré tout un souvenir marqué de cet épisode. « Chaque fois qu’on repasse à cet endroit, on a l’impression que l’auto fait un petit coup, même s’il [le trou] a été rempli », raconte la veuve.

Un tronçon dangereux

Selon les informations obtenues de différentes sources, le nid-de-poule fatal avait été signalé aux autorités dans les jours précédant l’accident.

Des travaux pour le colmater auraient même été faits. Le nid-de-poule est toutefois réapparu rapidement, notamment à cause de l’écoulement de l’eau provenant d’un viaduc qui surplombe l’autoroute. Des précipitations de neige et de pluie avaient eu lieu le jour du tragique événement.

« C’est dangereux. Il aurait pu y avoir plus qu’un mort », dit Jean-François Sylvestre, du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec qui représente l’employé impliqué dans l’accident.

Cette portion de l’autoroute 30 est d’ailleurs bien connue pour ses multiples problèmes lors des épisodes de gel et de dégel. Hanna Horbanova, espère que personne d’autre ne vivra le même drame.

« Je voudrais que les autoroutes soient mieux faites. Les gens roulent à 100-120 km/h et à cette vitesse, il faut qu’elles soient en parfaites conditions. »

Un deuil éprouvant pour la famille

En plus de vivre le deuil de son mari, Hanna Horbanova a dû faire face à plusieurs épreuves pour espérer poursuivre son rêve de s’installer au Québec.

Comme les membres de la famille avaient pu immigrer grâce au visa de travailleur du défunt, ils ont perdu leur couverture d’assurance-maladie. Mme Horbanova a dû rapidement contracter une assurance privée à 900 $ pour trois mois.

Même si elle a reçu une indemnisation de la Société de l’assurance automobile du Québec, elle n’a pas droit à l’aide sociale. Elle doit donc se trouver un emploi, mais comme elle ne maîtrise pas encore le français, c’est un obstacle. Elle craint d’ailleurs de devoir retourner dans son pays au mois de janvier à la fin de ses cours de francisation.

« Je me sens très mal. La seule chose qui me tient debout, ce sont les enfants. Je veux rester ici pour les élever. C’est très difficile », dit-elle.

De l’aide

La jeune femme a reçu l’aide de plusieurs personnes. Entre autres d’une préposée aux bénéficiaires de l’hôpital où son mari a rendu l’âme. Cette dernière, aussi originaire d’Ukraine, lui sert d’interprète depuis l’accident, en attendant qu’elle ait complété ses cours de francisation.

Elle a également été appuyée par l’employeur de son mari, CNC Tracy, qui lui permet de conserver le loyer fourni par l’entreprise à un prix abordable.

Finalement, une collecte de fonds a été lancée sur le site internet GoFundMe, pour l’aider à rembourser certaines dépenses pour la famille et les funérailles.

 

 

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