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1,8 milliard $, c’est insuffisant pour Radio-Canada

Pierre-Olivier Zappa | TVA Nouvelles

La crise des médias, c’est une crise que la Société Radio-Canada (SRC) ne connaît pas. Malgré un budget en forte hausse l’an dernier, le diffuseur public part à la chasse aux revenus commerciaux, ce qui contribuera à appauvrir les médias privés, estiment des experts.

«Au moment où la télévision privée a des difficultés, c’est sûr qu’elle a droit de crier au loup!» a déclaré en entrevue Claude Bédard, ancien directeur de la programmation de Radio-Canada.

À l’heure où les revenus des chaînes privées fondent comme neige au soleil, il estime que le diffuseur public devrait «avoir une part moins grande du gâteau», puisqu’il reçoit 1,2 milliard $ de fonds publics sur un budget annuel de 1,8 milliard $.

Depuis le début de l’année, la présidente de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, a affirmé à plusieurs reprises qu’elle entend accaparer davantage de revenus publicitaires.

Pour assurer une saine concurrence, le gouvernement Trudeau devrait imposer des balises plus strictes à la société d’État, estime M. Bédard. «Mais quel gouvernement aura-t-il le courage de faire cela, c’est ça le problème!»

Revenus en hausse

Selon le rapport annuel de la SRC, les revenus publicitaires ont connu une hausse importante de 5,9% en 2019, pour dépasser les 318 millions $. Le financement public du gouvernement Trudeau atteint 1,2 milliard $, soit une augmentation de 10%.

Au total, le diffuseur public a dépensé 1,8 milliard $ en 2018, une hausse de 6% des dépenses. Il s'agit de la deuxième année la plus dépensière de la dernière décennie. Pendant ce temps, presque tous ses concurrents privés, comme Global, CTV et TVA, ont procédé à des compressions majeures.

«Que Radio-Canada cesse de concurrencer ces médias [privés] en télévision et sur le numérique, ce serait une autre façon de leur donner de l’oxygène à ces médias-là», souligne Jean-Hugues Roy, responsable du programme de journalisme à l’UQAM.

Divertissement

Pour augmenter ses revenus commerciaux, la société d’État offre une grande place au divertissement dans sa programmation, remarque M. Roy.

Par exemple, la CBC a récemment annoncé en grande pompe qu’elle diffuserait cet automne une adaptation canadienne de la Guerre des clans (Family Feud) à heure de grande écoute.

«Je pense peut-être qu’il faudrait même recentrer la mission de Radio-Canada autour de l’information, parce que c’est cela qui disparaît», souligne-t-il.

Pour l’instant, le ministre du Patrimoine Pablo Rodriguez refuse de se prononcer sur le mandat du diffuseur public.

«Ça n’a pas été revu, le rôle de Radio-Canada, depuis l’avènement d’internet», a concédé M. Rodriguez en entrevue. Le ministre a qualifié l’enjeu de «fondamental» pour l’industrie, mais refuse de se prononcer d’ici 2020, soit après la prochaine élection.